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Morgan Heritage - Interview Avrakedabra Morgan Heritage - Interview Avrakedabra
13/06/17 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion ; Photos : DR

Fiers de leur victoire aux Grammy Awards l'année dernière, les Morgan Heritage n'ont pas tardé avant de nous livrer leur nouvel opus. Avrakedabra est disponible depuis le 19 mai et la magie opère à nouveau. La famille royale du reggae assume plus que jamais son côté pop et part à la conquête d'un public toujours plus large avec un album particulièrement bien produit et fourni en featurings. Les trois frères Peetah, Gramps et Mojo nous en disent plus sur la fabrication de leur nouveau bébé, à commencer par le choix surprenant du titre...

Reggae.fr : Le titre de votre nouvel album, Avrakedabra, est pour le moins inattendu. Qu'est-ce qui vous a poussés à choisir ce titre ?
Mojo :
C'est une réflexion sur notre travail. Ce projet est définitivement magique et nous en sommes très contents. On savait que cet album allait avoir un impact sur nos fans et sur un nouveau public aussi, mais nous ne savions pas réellement quel serait cet impact. On laisse donc la magie opérer et on marque l'entrée de Morgan Heritage dans une nouvelle ère. Il y a vraiment un lien entre la magie et notre groupe. Le public comprend cela quand il nous voit sur scène. Quand vous écoutez Morgan Heritage, vous entendez de la musique que vous n'avez jamais entendue auparavant. On essaye toujours de monter la barre plus haut à chaque fois que l'on crée une nouvelle chanson ou un nouvel album. On ne refait jamais deux fois la même chose, on essaye toujours de rechercher des sons différents. Et on fait ça depuis nos débuts d'ailleurs. Nos deux premiers albums ont été produits par King Jammy's et Bobby Digital, deux producteurs très différents. Le matin on enregistrait chez Jammy's et le soir chez Bobby Digital. 

La pochette de l'album avec cette pyramide inversée indique que vous vous référez aux origines étymologiques du mot connu aujourd'hui comme une formule magique. Pouvez-vous nous en parler ?
Mojo :
Le mot vient de l'Araméen qui est l'ancêtre de langues comme l'Arabe, l'Hébreu et l'Amharique. On a utilisé l'orthographe et la prononciation d'origine de ce mot qui a un peu changé au fil du temps. Sa signification a aussi évolué avec les années et on avait envie d'inciter nos fans à aller faire des recherches sur ce mot. Et quand on fait ces recherches, on trouve différentes définitions pour ce mot. 

Justement, quelle est celle qui vous a le plus séduits ?
Mojo :
Se donner les moyens de réussir et faire en sorte que ses rêves deviennent réalité. Pour nous, ça veut dire créer son propre destin. Nous sommes conscients qu'il existe quelques définitions négatives de ce mot, vous pourrez faire vos propres recherches pour en savoir plus, mais ces définitions ne correspondent pas à l'orthographe que nous avons choisi.
Gramps : Et de toute façon, nos fans nous connaissent. Cette année on fête nos 20 ans de carrière. Les gens savent que jamais nous ne serions référés à une connotation négative.

« Morgan Heritage est un groupe commercial »

Vous avez gagné un Grammy Award avec votre précédent album, Strictly Roots. Est-ce qu'on travaille différemment sur un album quand on gagne une telle récompense ?
Gramps :
Rien ne change. On fait notre musique de la même façon. Ce qui peut changer c'est qu'on peut se mettre à travailler avec de nouveaux producteurs ou de nouveaux paroliers. En 20 ans de carrière, nous avons toujours écrit nos propres chansons, mais pour cet album on a collaboré avec des paroliers et des producteurs avec lesquels on n'avait encore jamais travaillé comme Shannon Sanders. Je l'ai rencontré quand il travaillait avec India.Arie. Il avait aussi travaillé sur mon album solo 2 Sides of my Heart vol.1. J'ai suggéré à mes frères et sœurs de l'intégrer à notre projet pour apporter son énergie débordante car je le considère comme le Quincy Jones des temps modernes. C'est un producteur de génie et il a apporté beaucoup de fraîcheur à notre album. 

A propos des producteurs, sur Striclty Roots, vous aviez collaboré avec les Français Bost & Bim. Sont-ils encore de la partie sur Avrakedabra ?
Peetah :
Oui ! Bost & Bim ont produit le premier titre de l'album Want Some More. Ils ont aussi produit Harder Than U Know. Ce sont de très bons amis et on adore le travail qu'ils font. Nous avons été très tristes d'apprendre la mort de Bim l'année dernière. Que son âme repose en paix.

Vous avez toujours intégré de la pop dans votre musique, mais on sent que cet album sonne plus pop que jamais...
Gramps :
Nous sommes Américains donc c'est normal que nous soyons influencés par la musique de notre pays. Si vous écoutez Gentleman, vous entendrez des influences allemandes, si vous écoutez Alborosie, vous entendrez des influences italiennes. Moi j'ai grandi à Brooklyn donc je suis forcément influencé par ce qui se fait ici. C'est pareil pour Stephen Marley. Sur son dernier album, il y a beaucoup de hip-hop, ce n'est pas un hasard, c'est parce qu'il a grandi aux Etats-Unis. On fait les choses naturellement.
Mojo : Et qu'est-ce que ça veut dire pop ? Ça veut dire "populaire". Pour moi, la pop n'est pas un genre à part entière. Ça veut juste dire qu'il s'agit d'une musique qui plaît à beaucoup de monde. Le rock peut-être pop, la folk aussi, tout comme le hip-hop, le R&B, la musique classique et bien entendu le reggae. Nous sommes toujours un groupe de reggae ! Si vous avez l'impression que notre musique sonne pop c'est sans doute parce qu'on essaye de plaire au plus de monde possible. Beaucoup de gens fustigent la musique commerciale, mais si "musique commerciale" veut simplement dire que l'on crée notre musique en voulant toucher le plus de monde possible, alors Morgan Heritage est un groupe commercial. Nous ne faisons pas de la musique juste pour les rastas qui fument de la weed. Nous ne voulons pas plaire à dix personnes, mais à dix millions de personnes !

Selon vous quelles sont les différences entre cet album et le précédent ?
Gramps :
Musicalement parlant, il n'y a pas beaucoup de différences. C'est dans la continuité de Strictly Roots. Mais techniquement, on a clairement haussé le niveau. Le mix et le mastering d'Avrakedabra sont impeccables. On s'est aussi concentrés beaucoup plus sur la simplicité. On s'est rendus compte que parfois, laisser un peu de respiration et ne pas surcharger en arrangements était plus efficace. On a appris beaucoup sur l'efficacité de la simplicité en faisant cet album.

N'est-il pas aussi plus futuriste ?
Gramps :
Si c'est vrai. On a toujours voulu faire évoluer la musique. Aujourd'hui encore il y a des gens qui parviennent à faire du reggae qui sonne comme dans les années 70. Nous préférons nous tourner vers le futur. Si vous regardez le hip-hop, vous vous rendez compte qu'il a beaucoup évolué. En ce qui concerne la musique jamaïcaine, j'ai l'impression que le dancehall a beaucoup plus évolué que le roots. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais beaucoup d'amateurs de reggae veulent qu'il continue à sonner de la même manière qu'à l'époque. Moi je préfère le voir grandir et se transformer. C'est ce qu'on avait déjà impulsé sur Strictly Roots. On voulait montrer que le reggae était devenu international. Ce n'est plus seulement une affaire jamaïcaine. 

En parlant du futur et de l'évolution de la musique, vous avez invité Kabaka Pyramid et Dre Island sur le morceau We Are...
Gramps :
Oui ces deux artistes représentent clairement le futur. La musique n'a pas de limite. Bien sûr, la musique des légendes du passé vivra pour toujours, mais si nous n'encourageons pas les jeunes artistes, la musique stagnera. On voulait inviter ces deux jeunes pour montrer l'union qui existe entre différentes générations. Dre Island et Kabaka Pyramid représentent cette nouvelle génération jamaïcaine qui est capable de faire aussi bien du dancehall que du reggae. C'était une grande joie de les avoir avec nous sur ce morceau qui représente le futur de la musique.

« Beaucoup de gens ne savent pas que nos plus grandes influences sont Steel Pulse et Third World »

Il y a aussi Mr Talkbox présent sur le titre Want Some More. Les fans de reggae ne le connaissent sans doute pas. Qui est-il ?
Gramps :
Ça s'est toujours fait dans le reggae d'inviter des artistes que personne ne connaît dans le milieu alors qu'ils sont d'immenses stars dans un autre genre. Alors laissez-moi vous éduquer. Mr Talkbox est... vous connaissez sans doute Roger Zapp qui a amené ce son particulier de voix trafiquée dans la pop. Mr Talkbox est le Roger Zapp des temps modernes. Nous on l'a découvert sur le titre 24K Magic de Bruno Mars et quand on a entendu ce son de talkbox, on s'est dit que ce serait innovant et frais d'entendre ça sur du reggae. 

Vous avez aussi rassemblé Ziggy et Stephen Marley sur une instru pour le moins surprenante, en tout cas pour Stephen. Comment a-t-il réagi quand vous le lui avez proposé ?
Gramps :
Ils sont tous les deux tombés amoureux de l'instru instantanément. Je ne suis pas sûr qu'ils l'aient trouvée surprenante eux. En fait, c'est un riddim qui est largement inspiré de ce que Peter Tosh a pu faire avec des titres comme Nuclear War, Buk-In-Ham Palace ou Dont' Look Back avec Mick Jagger. Ça a un petit côté rock ou disco, mais ça se fait depuis longtemps dans le reggae donc Ziggy et Stephen n'ont pas été perturbés (rires). 

On retrouve aussi Bunny Ruggs de Third World. C'est génial de réentendre sa voix plus de trois ans après sa disparition. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour dévoiler ce titre ?
Peetah :
On n'a pas attendu en fait. C'est juste que le temps était venu de le dévoiler. C'est Jah qui nous l'a suggéré (rires). Notre père était très ami avec Bunny Ruggs donc on l'a beaucoup côtoyé étant jeunes. Il habitait à New-York quand on était enfants donc on le voyait souvent. Et Third World est une des plus grandes inspirations de Morgan Heritage. Beaucoup de gens ne savent pas que nos plus grandes influences sont Steel Pulse et Third World. Notre claviériste, DreZion faisait des sessions voix avec Bunny avant qu'il ne meurt et il a profité d'une de ces sessions pour faire ce titre. 

« Le reggae n'est plus seulement une affaire jamaïcaine »

On sait que vous avez tous des influences très variées dans le groupe. Certains aiment le rock et même le métal comme Mojo, d'autres aiment le R&B ou le hip-hop... Comment fonctionnez-vous en tant que collectif ? Prenez-vous des décisions à la majorité ou faut-il que tout le monde soit d'accord à 100 % ?
Peetah :
Non, c'est la musique qui nous dicte ce qu'on doit faire. On n'est pas du genre à se dire "OK, on ne fait rien tant que tout le monde n'est pas d'accord à 100 %". Tout le monde dans le groupe ressent la musique. La musique ne ment pas. Quand tu crées quelque chose, si ça ne sonne pas tout le monde le sent. De la même manière que quand c'est bon. Et heureusement que ça se passe comme ça. C'est naturel.

Vous aviez créé votre propre label pour le précédent opus, CTBC Music Group. Ce nouveau projet sort aussi sur votre label. Après deux années à travailler indépendamment, êtes-vous satisfaits ?
Peetah :
Oui bien sûr. Le simple fait de sortir son album sur son propre label est satisfaisant. C'est très gratifiant. Personne n'est là pour nous dire ce qu'on devrait faire ou pas. Cela fait 20 ans que l'on voyage dans le monde à la rencontre de nos fans, on commence à les connaître maintenant donc on peut se débrouiller tout seul. Quand tu regardes les informations, on te raconte des choses et quand tu vas sur le terrain, tu découvres la vérité par toi-même. C'est la même chose quand tu crées ton propre label. Ce n'est pas facile bien entendu, mais ça te renforce beaucoup. 

Vous vivez aux Etats-Unis. Le monde entier a été choqué par l'élection de Donald Trump. Qu'en est-il pour vous ?
Peetah :
On vit entre les Etats-Unis, la Jamaïque et l'Afrique, mais c'est vrai qu'on passe beaucoup de temps aux Etats-Unis. Trump c'est Trump. Le monde entier l'a découvert au moment des élections, mais nous on est originaires de New-York donc on le connaît depuis qu'on est gosse. Les gens ont du mal à comprendre qu'on ne peut pas blâmer un président pour ce qui se passe dans son pays. Les problèmes que l'on rencontre aux Etats-Unis ne sont pas dus aux présidents et les présidents ne peuvent rien y changer. Tout le monde pointe du doigt le président sans jamais chercher à savoir d'où viennent vraiment ces problèmes. Les médias créent sans cesse de la propagande pour pointer du doigt des fautifs et éloigner les peuples de la vérité. Il ne faudrait pas se concentrer sans cesse sur Donald Trump. Il n'est pas le centre de l'Humanité. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans le monde auxquelles personne ne prête attention alors qu'elles font souffrir des gens. C'est ce qu'on essaye de souligner dans notre musique. Être Noir aux Etats-Unis c'est dur. Que tu sois riche ou pauvre. Et ça n'a rien à voir avec Donald Trump. Ça existe depuis des années. La preuve, la maison du joueur de NBA Lebron James a récemment été vandalisée avec des graffitis racistes alors qu'il est l'un des hommes les plus riches du monde.

Pour finir, nous avons entendu que votre sœur Una avait eu des problèmes de santé. Comment va-t-elle ?
Peetah :
Elle va mieux merci. Elle a fait une crise cardiaque pendant une tournée américaine en 2015. Donc elle ne peut plus s'investir comme avant dans notre projet musical. Elle ne peut plus participer aux tournées actuellement car elle doit se reposer. Elle n'a pas juste attrapé une grippe, c'est quelque chose de grave et sa vie est plus importante que notre musique. On la laisse tranquillement retrouver une bonne santé et on verra plus tard ce qu'il en est. 

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