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Protoje - Interview Question de temps Protoje - Interview Question de temps
04/07/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Ju-Lion, Traduction Simon P, Photos DR

Protoje nous a fait patienter trois ans depuis son dernier album. Lui qui est obsédé par le temps s'est fait rattraper par la vie et est devenu papa tout en continuant à maîtriser son art. Sans jamais se précipiter, l'artiste a fait mûrir ce quatrième effort à point pour faire évoluer sa musique vers un univers plus moderne et mélancolique. De passage en Europe pour la promotion de ce nouveau A Matter of Time, celui qui fait partie des leaders de la nouvelle génération jamaïcaine a trouvé le temps de répondre à nos questions...

Reggae.fr : Jusqu'ici tes albums étaient espacés de deux ans à chaque fois, mais il a fallu attendre trois ans entre Ancient Future et ce nouvel effort. Est-ce pour cela que tu lui as donné le titre A Matter of Time ?

Protoje : En fait, il aurait dû sortir l'année dernière mais beaucoup de choses se sont passées pour moi sur les plans professionnel et personnel. Ça m’a empêché de finir l'album et de le sortir dans les deux ans habituels. Ça a pris un peu plus de temps que prévu. Le titre A Matter of Time résonnait tout le temps en moi. Je me disais : « Tout est une question de temps, ne t'inquiète pas, il sera prêt quand il sera prêt, c'est comme ça. » Ça m'a permis de me concentrer à fond sur le produit final que je voulais obtenir.

Tu te sens souvent stressé par le temps ?
Tout le temps ! Je suis toujours très préoccupé par le temps. Que ce soit le temps que je prends pour faire quelque chose ou le temps que je peux passer avec ma famille. Je suis toujours obligé de sacrifier du temps et chacun de mes albums fait référence au temps dans le titre (Seven Year Itch, The Eight Year Affair ou Ancient Future). C'est vraiment une préoccupation constante pour moi.

 

 

"Je n'attendrai plus trois ans entre deux albums"



La nouvelle génération d'artistes jamaïcains à laquelle tu appartiens ne fait pas comme les anciennes qui sortaient de la musique beaucoup plus régulièrement. On se souvient de l'époque où Sizzla sortait plusieurs albums par an et où des artistes comme Capleton, Anthony B. et la génération one drop des années 2000 avaient des nouveaux singles toutes les semaines. Est-ce une question de stratégie ou de créativité pour vous d'espacer beaucoup plus vos sorties ?
Pour moi en tout cas c’est vraiment stratégique. On a vu comment ça s'est passé pour les générations d'artistes avant nous. Il y a certaines choses que je n’ai jamais voulu pour ma carrière. Il y a des artistes qui ont sorti trois albums en un an et finalement personne ne connaît les chansons, elles n'obtiennent pas la reconnaissance qu'elles méritent. J'ai vu des artistes se fatiguer et disparaître très vite à cause de ça. Donc pour moi ça a toujours été stratégique de promouvoir correctement ma musique, de faire du marketing autour et de prendre mon temps. Je ne me contente pas de sortir de la musique. J'ai fait quatre albums, mais je souhaite qu'ils aient tous un impact et je cherche toujours à faire en sorte qu'ils soient écoutés par un maximum de gens. Mais je dois avouer que je n'attendrai plus trois ans entre deux albums. Je vais augmenter un peu la cadence, mais je n'irai pas non plus jusqu'à trois albums par an (rires).

En termes de stratégie, toi et des artistes comme Chronixx et Kabaka êtes très doués. Vous maîtrisez la communication, vous faîtes de beaux clips, de beaux visuels, vous gérez vos réseaux sociaux... Il semblerait que la musique en elle-même ne soit plus le seul critère pour réussir et séduire le public aujourd'hui...
L'époque est différente. 2017 est différent de 2007 et encore plus de 1997. Tu ne peux pas avoir la même stratégie que les anciens, tu dois t’informer, te mettre à jour et te tenir au courant des tendances. Les temps ont même changé depuis la sortie de mon premier album en 2011. Le milieu musical et le business ont beaucoup évolué. Si j’avais fait les mêmes choses que pour mon premier album ça n’aurait pas marché. Tu dois t'adapter pour ne pas devenir un dinosaure !

Justement, la pochette de A Matter of Time est originale et très épurée. On te voit de dessus assis face à la mer. Est-ce quelque chose que tu fais souvent ?
Oui. J’y vais pour m’éclaircir les idées, me reposer, écouter les vagues et prendre du temps pour moi.

Entre Ancient Future et A Matter of Time, tu as sorti Royalty Free, qui sonnait plus hip-hop et presque R&B. Mais le projet commençait avec la track 6, qu’est-il arrivé aux cinq premières chansons ?
Ça fait partie d’un long projet que j’ai et je n'ai sorti que la face B car la face A n'était pas prête. C'est un projet qui demande beaucoup de travail, mais je vais m'y remettre très bientôt pour le dévoiler au public dans son ensemble. Je voulais me concentrer sur l'album, donc je l'ai mis un peu de côté. Mais j’ai un plan très élaboré pour Royalty Free et je prends mon temps pour le faire. C'est l'occasion d’expérimenter de nouveaux sons entre les albums.

Donc la face A est-elle maintenant finie ?
Non, je ne dirais pas que c’est fini, mais ce n’est pas loin. Je continue à l’améliorer, à ajouter des idées. Je fais ça pour m’amuser, c’est vraiment un projet sur lequel je me fais plaisir.

Il paraît que tu as produit un riddim sur l'album de  Kabaka Pyramid ?
Oui, j'ai bossé sur le tune Make Way avec les producteurs 8Track et Drum Keys. On a créé le riddim ensemble.



As-tu produit des instrus pour toi-même sur ce nouvel album ?
Pas vraiment. J’ai seulement travaillé sur le tune Like This. J'ai laissé Winta James faire son truc sur tous les autres titres parce que je pense que c’est le meilleur producteur du moment en Jamaïque. C'est lui qui avait déjà réalisé Ancient Future. Je me suis effacé pour le laisser bosser et me proposer les meilleurs riddims possibles.

Il parvient à s'éloigner du reggae tout en gardant un son jamaïcain n’est-ce pas ?
Oui, il a des goûts très larges et il connaît énormément de choses. Il est capable de faire tellement de trucs différents, c’est assez dingue. En plus on a une superbe connexion ensemble, comme une espèce d’alchimie. J’adore faire de la musique avec lui. Je lui fais tellement confiance en tant que producteur et musicien. Ça rend les choses très faciles.

Le Protoje d'aujourd'hui est très différent de celui des débuts. On se souvient de sons très new roots et plus rub-a-dub avec Don Corleon notamment. Est-ce qu'on risque de te réentendre dans ces registres ?
Je suis ouvert à tous styles de musique, mais cet album-là correspond vraiment à mes goûts. Tout ce que j'ai fait avec Don Corleon était génial et j'adore ce travail, mais j’ai toujours voulu avoir un son plus sombre et plus grave, avec des batteries très percutantes... quelque chose de plus agressif. J'aime beaucoup ce qu'on a réussi à faire sur A Matter of Time, mais vous devez comprendre que tous mes albums font partie d'un long processus qui est en permanente évolution. Je ne ferai pas toujours la même chose. Avec chaque album, je change graduellement le son, j'incorpore petit à petit de nouveaux éléments et je vois ou ça me mène. C’est comme si je peignais un tableau. Je ne l'ai toujours pas fini, je continue d'y ajouter de nouvelles couleurs et différents styles à chaque fois. Quand le tableau sera fini, à la fin de ma carrière, vous pourrez dire : "voilà quel type de musicien il était".

Parfois un peintre se laisse aller à son inspiration, parfois il sait clairement où il va. Quel est ton cas ?
J’ai une idée assez précise de ce que je veux accomplir musicalement, mais je prends mon temps car il est parfois difficile d'emmener l'esprit des gens quelque part alors qu'ils n'y sont pas préparés. J'y vais doucement, je fais évoluer mes auditeurs en même temps que moi, je les emmène en voyage en les guidant progressivement là où je veux aller.

Tu as souvent utilisé des recuts d'anciens riddims par le passé et tu as toujours beaucoup aimé l'utilisation de samples. On constate qu'il y en a beaucoup moins sur ce nouvel album n'est-ce pas ?
Oui, il n'y en a que deux. On s’est un peu éloignés des samples et de ce genre de choses. On l'a fait beaucoup sur le dernier album car je voulais rendre hommage à la musique jamaïcaine de ma jeunesse, mais cette fois, je voulais m'en éloigner, amener des nouveaux sons et des idées fraîches. On voulait aussi montrer que Winta est bien plus qu'un producteur qui sample à tout bout de champ. On voulait montrer ses qualités de créateur pur et dur.

Et quels sont les deux samples utilisés dans l’album ?
Le premier titre de l'album, Flames en feat avec Chronixx, utilise un sample du Alipang de Don Drummond. Et je crois que sur Lessons, on utilise Genuine Lover de Sugar Minott.



On a trouvé cet album très mélancolique, assez triste et sombre au final. Es-tu d’accord avec ces adjectifs ?
Je suis d’accord, c’est triste mais radieux à la fois. C'est dur à expliquer, il y a de l’obscurité dans le son, mais les paroles ne sont pas tristes. Par exemple Bout Noon n'est pas une chanson triste, Like This non plus. La plupart des chansons ne sont pas tristes, mais elles ont cette ambiance nostalgique, tu sais, ce sentiment quand tu te rappelles ta mère, ton père, ou un souvenir d’enfance. Ce n’est pas triste, mais tu te sens ému. Tu peux même laisser échapper quelques larmes de joie. C'est exactement ce sentiment que je voulais exprimer avec cet album. Je voulais qu'il y ait de l'émotion.

 

"Je ne suis pas venu pour rigoler avec cet album"

 

Les premiers singles que tu as dévoilés ne sonnaient pas reggae à 100 %. Pourquoi as-tu décidé de promouvoir l'album comme ça ?
Mais qu’est-ce que le reggae ? Je lance le défi aux gens de le définir. En fait, je décide comment le reggae doit sonner. Chronixx décide comment le reggae doit sonner. C'est à notre tour de faire évoluer le reggae. Nous sommes les créateurs de cette génération. C’est à nous de dire ce qu’est le reggae. Et pour moi, cet album c'est du reggae, c'est de la musique jamaïcaine vue par des jeunes d'aujourd'hui. C'est novateur, c'est frais, ce n'est plus vraiment traditionnel. Quand Bob Marley a sorti Kaya ou Exodus, les gens disaient que ce n'était pas vraiment du reggae. Pourtant aujourd'hui, ces deux albums dont partie des références du genre. Il n'y a peut-être pas de one drop ou de bogle dans Bout Noon et Blood Money, mais il y a toujours des éléments jamaïcains.

Le titre Lessons sonne vraiment comme l’album Ancient Future. Cette track a-t-elle été enregistrée plus tôt que les autres ?

Oui, elle fait partie des tout premiers morceaux créés pour cet album. Elle est vraiment dans la même veine que les chansons sur Ancient Future. En fait, on aurait pu faire un autre Ancient Future très facilement. On connaît tellement le processus pour créer des sons de ce genre qu'on aurait même pu faire au moins trois albums dans la même ambiance. Même si on voulait faire un album différent cette fois, on a quand même refait un titre dans ce délire parce qu'on ne se pose pas trop de questions. Quand le son est bon, on y va. C’est peut-être ma chanson préférée de cet album. Je pense que les Européens vont l'adorer et je la chanterai à coup sûr pendant mes prochains concerts.

Dans Flames, l’intro sonne très musique classique avec des violons avant de prendre un côté plus Western. Comment t’est venue cette idée ?
C’est Winta qui a eu l’idée bien sûr. Il devrait être interviewer plus souvent. Il avait cette instru depuis un moment déjà et je voulais absolument que ce soit l'intro de mon album. Il a décidé que ce serait bien avec un orchestre. En fait, on en voulait déjà un sur Ancient Future mais on n'avait pas le budget pour. Cette fois, Chronixx m'a donné le contact de Matt Jones qui a dirigé un orchestre à cordes sur quelques morceaux de son album dont Black Is Beautiful. Winta avait une idée d'intro grandiose, il nous visualisait assis dans un théâtre avec ces violons qui jouaient... Le but était de provoquer une réaction. Quand les gens vont écouter l'album pour la première fois et qu'ils vont entendre cette intro, c'est sûr qu'ils vont dire « Wow ! Qu'est-ce qui se passe ? ». Ça attire forcément l'attention avant de rentrer dans ce rythme radical et efficace que Chronixx transforme en or avec ses interventions. C'est le genre de son qui prouve que je ne suis pas venu pour rigoler avec cet album.

Même les paroles sont captivantes. Quand tu dis : « Quand le gouvernement ne peut combattre le crime, il blâme Kartel et Alkaline ». Es-tu un soutien ou un défenseur de Vybz Kartel et Alkaline ?
Ce n'est pas une question de soutien ou de défense, c’est la réalité. Je ne suis pas pour la censure. Un artiste devrait pouvoir exprimer tout ce qu’il veut exprimer, et nous en tant que citoyens, devons décider de ce que nous allons écouter ou pas. J'ai grandi avec les chansons de Vybz Kartel et à mes débuts, je copiais sa façon de toaster et ses lyrics. Puis j’ai compris que ce n’était pas pour moi, mais il m’a aidé à me trouver moi-même en tant qu’artiste. Pour moi, tout est utile dans ce monde. Il y a tellement d’enfants qui grandissent sans parents en Jamaïque. Parlons de ça, parlons de ces gens qui ont des enfants et qui ne passent pas de temps avec eux. Parlons d’éducation. Arrêtons de parler de l'impact négatif de telle ou telle musique.



Chronixx apparaît sur deux titres de cet album. Il est absolument partout en ce moment. Qu'y a-t-il de si spécial chez lui ?
C'est un artiste très spécial en effet. C'est sans doute le plus talentueux que j'ai rencontré depuis que je fais de la musique. Il n'a pas besoin de faire d'efforts. Il est génial, c'est tout. On a une très bonne alchimie. On a fait beaucoup de shows ensemble partout dans le monde. Un jour, on était en studio et il m’a dit qu’il voulait participer à cet album. On a fait un premier morceau et ça sonnait tellement bien qu'il ma demandé de lui jouer un autre riddim. Et c'est ce qu'on a fait...

Ces featurings avec lui n'étaient pas prévus en fait ?
Au début, je n’avais pas l'intention de lui demander quoi que ce soit. Il venait de finir son propre album et je ne voulais pas l'embêter avec ça. Mais en parlant, c'est lui qui m'a dit qu'il voulait être sur mon album. J'étais bien sûr ravi.

Est-ce une erreur dans l'enregistrement que l'on entend dans Camera Show quand tu demandes à l'ingé-son de rembobiner ?
Non, vous savez ce que c'est ? On a fait ça pour bien faire comprendre le fil de ma pensée aux auditeurs. Je parle de la façon dont les femmes sont traitées à Hollywood, dans le business du cinéma. Et en fait, je me suis rendu compte que toutes les femmes du monde étaient harcelées de la même manière donc on a fait comme si je m'étais trompé dans les lyrics et je reprends mon propos en changeant "Hollywood" par "The whole world". Je voulais que l'on comprenne bien le cheminement de ma pensée et je trouvais que c'était une façon originale de le faire.



Sur cet album les femmes et l’amour sont très présents. Plus que sur les précédents n'est-ce pas ?
Oui. Ça reflète ma vie en vérité. J’ai eu une fille récemment et il s'agit de mon premier enfant. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles l'album n'est pas sorti plus tôt car je voulais me concentrer sur mon rôle de père. C'est la première fois pour moi que j'ai vraiment une famille qui m'attend chez moi quand je rentre de tournée. Comme j’écris sur ce que je pense et sur ce que je vis, ces sujets-là sont forcément plus présents aujourd'hui qu'avant.

Bout Noon parle justement de cette nouvelle famille n'est-ce pas ?
Complètement. J’ai écrit Bout Noon l’an dernier après ma tournée en Europe, je rentrais chez moi après trois mois d'absence. Je l’ai écrit un peu comme une lettre à ma fille, pour qu’elle sache que je pense à elle et que j’ai toujours envie de rentrer à la maison la voir. C’est aussi dur pour ma femme de ne pas me voir, de savoir que je suis toujours ailleurs et c’est parfois rassurant d’envoyer ce type de message.



Écris-tu souvent quand tu es en tournée ?
Oui des fois ça arrive. Ça dépend de la fatigue et du timing, mais j'aime beaucoup écrire en tournée. Surtout quand on est dans le bus, que l'on roule et que je regarde par la fenêtre. Parfois aussi, je rentre d'un concert et je suis très inspiré alors je saute sur l'occasion et j écris.

Certains artistes aiment aussi enregistrer pendant les tournées. C'est ton cas ?
Non je préfère enregistrer chez moi. Mais peut-être qu'un jour j'aurai un tour-bus avec un studio quand je serai plus célèbre (rires).

On a vu que tu avais créé la marque Dubwise avec Yaadcore. Qu'est-ce que c'est exactement ?
Ce sont des soirées reggae tout simplement. Elles font partie des meilleures en Jamaïque. On en a fait une avec David Rodigan et King Jammy's ensemble et on va avoir Rory de Stone Love bientôt. On en a aussi organisées à New-York et Los Angeles. C'est encore un moyen de diffuser le reggae. Peut-être qu’on fera ça en Europe un jour, peut-être en France, quand je serai plus célèbre.

On aimerait voir ça ! Est-ce que tu sélectes pendant ces soirées ?
Non non non. Je laisse ça à Yaadcore et à d'autres selectors. Je n'ai pas encore exploré cette activité dans ma carrière mais peut-être qu'un jour je m'y mettrai (rires).

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