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Blackboard Jungle - Interview Rootikal Blackboard Jungle - Interview Rootikal
18/07/18 - Auteur(s) : Interview par Ju-Lion ; Photos : DR, F.Blanquin & K.Buret

Ils s'apprêtent à nouveau à faire danser les passionnés de sound systems dans les plus grands festivals européens. Les infatigables Blackboard Jungle poseront notamment leur sono au Dub Camp, au Bagnols Reggae Festival et au Rototom Sunsplash dans les prochaines semaines. L'occasion pour nous de dévoiler un entretien avec Oliva, MC du crew rouennais qui s'est imposé en quelques années comme l'une des références internationales grâce à sa sono puissante et précise, ses sélections rootikal et son label aux productions particulièrement léchées...

Reggae.fr : La sono de Blackboard Jungle a été construite en 1999, mais étiez-vous déjà actifs dans la musique auparavant ?

Mc Oliva : Pas vraiment. On était juste des passionnés, mais des grands passionnés. Avant la sono, on collectionnait les disques et on allait voir des concerts de reggae. Des artistes comme Burning Spear, Israel Vibration, The Gladiators... Peu de temps après ça, on est allés au Carnaval de Notting Hill et c’est là qu'on a réalisé ce qu’était vraiment le sound system et la diffusion des disques par ce média. C’est ça qui nous a donné l’envie de construire une sono, le départ vient de là.



Peut-on dire que vous êtes la première sono de France ?
Non, nous ne sommes pas la première sono, loin de là. Historiquement parlant par exemple, Abubakar de Zion Gate à Nantes était là avant nous en terme de sono. Je pense aussi que Lion Roots a monté sa sono dans le sud à peu près en même temps que nous. Et puis il faut rappeler qu'il y avait des sonos dans le mouvement raggamuffin français qui a débuté à Paris dans les années 80. Donc on est loins d'être les premiers.

Par contre, vous êtes les premiers Français a avoir été invités en Angleterre. Qu'avez-vous ressenti à cette première sollicitation ?
C'était incroyable, mais ce qui est marrant c'est que c'est arrivé assez vite finalement. Judah, la personne qui organisait les University of Dub à Londres a demandé à Channel One quel était le sound français qui pourrait être invité et ils nous ont tout de suite cités. Judah nous a donc demandé de venir à l’University of Dub. À ce moment-là, on n’en menait pas large parce qu’on était au cœur de nos modèles, c’était nos pères. On jouait a côté d’eux, c’était à la fois une reconnaissance et une énorme tension. On rentrait dans la cour des grands. C’était une consécration. En plus ça s’est passé d’une manière extraordinaire, grâce à Channel One qui nous avait connus après avoir joué plusieurs fois sur notre sono.

Channel One étaient-ils les premiers Anglais à avoir joué sur votre équipement ?
Non, le premier à avoir joué sur notre sono c’est Jah Shaka. On se connaît tous un peu au final, c’est une grande famille.

Vous êtes surnommés « The rootical warrior sound system ». Que se cache-t-il derrière cette appellation ?
« Warrior » c'est parce qu'on est un peu des guerriers a être toujours sur la route, à monter, démonter, charger, décharger notre camion, faire des milliers de kilomètres pour une session qui ne dure parfois que quelques heures. Ça n’a aucun rapport avec la musique qu’on pourrait appeler « warrior ». C’est vraiment l’esprit des guerriers du sound sytem, il faut toujours se battre entre les contrôles de police, bien charger le camion, avoir l’esprit clair pour le montage et démontage. Le mot « warrior » fait plus référence à un savoir-faire en fait. Et « Rootical » ça vient du mot « roots », car on n’oublie pas nos racines, le côté sauvage et authentique.



"On n’oublie pas nos racines, le côté sauvage et authentique"


 


On vous voit toujours à deux en session, mais y a-t-il une équipe derrière Blackboard ?
Véritablement on est trois. Il y a Nico, Guillaume et moi. Ce sont les piliers du sound. Après il y a toute une famille qui gravite autour de ça, qui sont des amis. On travaille en famille, qu’avec des proches. On n’a pas réussi à fédérer un gros crew comme certains ont pu le faire, donc on a toujours travailler avec un cercle de proches.

On connaît bien Nico que l'on retrouve à tes côtés à la sélection et aux réglages de la sono, mais peux-tu nous parler du rôle de Guillaume ?
Guillaume c’est l’homme de l’ombre, mais c’est l’homme clé. Dans le sens où nous on nous voit pendant les soirées, mais lui c’est la pierre centrale de l’édifice. Il est là depuis nos débuts, il nous aide financièrement mais aussi logistiquement et moralement. C’est une force pour nous. On fait tout ensemble, c’est encore une fois l’esprit de famille. On est très soudés.



Quel est votre format de prédilection pour jouer ?
On est des collectionneurs donc pour nous c'est évident de jouer du vinyle. On s'est essayés à l'acétate pour les dubplates et on était très contents de la qualité sonore. Il y a vraiment un son adapté au sound system. Le problème c'est qu'économiquement parlant ça coûte très cher donc on est vite passés au CD. Un acétate coûte autour de 50 euros par exemple alors qu'un CD c'est 10 centimes. On reçoit beaucoup de morceaux de différents producteurs aussi et on joue très souvent donc ça devenait compliqué pour nous de presser tout ça en acétate, c'est pour ça qu'on est passés au CD. Ensuite, le mp3 c'est pratique, on peut s'échanger des musiques facilement, mais sur des sonos comme on a, il y a des fréquences qui passent à la trappe et la compression crée quelque chose d'inconfortable au niveau de l'écoute. Donc à proscrire !

Quelle est ta définition d'un dubplate ?
A l'origine c’est un morceau exclusif ou un morceau qui n'est pas encore sorti qui permet d'être testé sur les sonos pour savoir s'il va être commercialisé ou pas. Après, le terme a un peu évolué. Un dubplate aujourd'hui peut être nominatif, on peut citer le nom du sound. Nous on en fait presque plus parce qu'on préfère investir dans la production. Pour le coup, on préfère avoir nos mixes spéciaux d'un morceau, ce qui correspond à un titre exclusif, donc à un dubplate. On est arrivés à un stade où on s'est dit à quoi bon avoir des boxes de specials, ça ne restera que pour nous et ça ne sera pas diffusé. La musique c'est fait pour atterrir chez les gens donc on s'est mis à produire.

Vous avez créé votre label en 2007, est-ce une étape indispensable pour un sound system ?
Dans un sens oui, parce que ça aide à la promotion et à être reconnus pour ce que l’on fait, pour ne pas être identifiés uniquement comme des personnes qui ne font que passer des disques. Ça en revient à la passion de la musique aussi, on veut qu’elle soit partagée. Il faut qu’elle puisse être écoutée par tout le monde donc il faut passer par la production. C’est une évolution naturelle au final.

Les labels affiliés aux sound systems créent beaucoup de musique digitale de nos jours, contrairement à vous qui produisez pas mal de riddims joués par des musiciens en live. Pourquoi ce choix ?
En fait on a toujours eu l’amour de la musique, et la musique c’est des musiciens. Il y a un virement actuel avec l’évolution technologique et avec un simple ordinateur tu peux faire de la musique, ce qui ne veut pas dire que tu es musicien. Néanmoins avec très peu de moyens, tu peux faire de la musique, alors qu’avant il te fallait un studio. Ça a des bons côtés, mais nous on préfère toujours la « vraie » musique même si ça demande plus de moyens.

Justement ça ne vous coûte pas trop cher aujourd’hui de bosser avec Roberto Sanchez ou The Rockers Disciples ?
On arrive à s'en sortir parce qu'on a de bonnes connexions. Le plus gros budget qu’on a eu sur une release c’est l’album Sounds From the Ark. Ça a été un très gros budget car il a fallu rester une semaine chez Roberto Sanchez en Espagne et donc payer le studio, les musiciens mais aussi les nourrir et les loger. C’était notre plus gros projet financièrement.



On sent que c’est vraiment la culture de la musique jamaïcaine qui est à la base de votre amour pour le reggae, mais pour votre côté sono, vous vous êtes plus inspirés de l’Angleterre n'est-ce pas ?
En fait c’est une logique de situation géographique car nous sommes très proches de l’Angleterre donc forcément pour découvrir le sound system, on est allés à Londres et pas à Kingston. En France, il n’y a pas vraiment de lien avec la Jamaïque, il n’y a jamais eu de communauté jamaïcaine. C’est pour ça que le sound system à l'anglaise nous a tout de suite touchés.

Avez-vous des références jamaïcaines en sound system ?
Pas vraiment. Mais musicalement oui vu qu’on collectionne les skeuds et principalement des 45T jamaïcains. C’est notre amour premier de la musique le reggae. On est très fans de roots, fondamentalement c’est ce qu’on aime : Augustus Pablo, les Roots Radics, les Revolutionnaries. On a aussi été bercés par une espèce de fantasme de la musique jamaïcaine à travers les médias comme Natty Dread ou Ragga Magazine et des bouquins.

Vous avez tout de suite adopté la façon de jouer à l'Anglaise avec une seule platine. Qu'est-ce qui séduit les sounds et le public dans cette configuration d'après toi ?
Nous on est à l'ancienne. On a une platine parce qu'on ne fait pas de juggling. Pour nous c'est important les temps de pause entre les morceaux pour annoncer le suivant ou tout simplement pour avoir un temps en suspens et laisser les gens se relâcher un peu pour mieux les captiver à nouveau. Une seule platine c'est une ambiance et une manière de créer totalement différente qui est beaucoup plus musicale. On laisse place à la musique, le morceau a le temps de se construire. Par les temps qui courent on a tendance à aller vite, mais nous on préfère prendre notre temps.

Dans ton animation et dans ton chant, tu véhicules beaucoup le message rasta, est-ce un mode de vie que vous avez adopté chez Blackboard ?

En tout cas il y a de fortes influences c'est sûr. Par exemple, je suis devenu végétarien. Après c’est personnel, chacun le prend comme il veut. En tout cas ce qui est toujours important pour nous c’est le message. Des fois on a l’impression que c’est un peu répétitif, mais quand on voit les évènements actuels je pense que parler d’amour est plutôt le bienvenu. On essaye toujours de propager ce message mais on se rend compte qu’il faut redoubler d'efforts pour que les gens soient plus tolérants, aillent vers les autres, ne soient pas effrayés par d’autres cultures, pour qu’il y ait une ouverture d’esprit. Souvent on nous demande pourquoi je chante en anglais, c’est un dilemme aussi. Peut-être que si on avait tout fait en français on n’aurait pas pu arriver au niveau actuel. Ceci-dit, j’ai de plus en plus envie de retourner aux lyrics français, c’est une envie pour le moment, j’espère que ça va se concrétiser. On est Français donc c’est important de chanter dans notre langue, mais c’est difficile. Il faut une belle plume et être très habile.




A quel moment et pourquoi le nom Blackboard Jungle est-il apparu ?
C’est un hommage à l’album de Lee Scratch Perry, Blackboard Jungle, qu’on affectionne particulièrement. Ça nous paraissait évident de prendre ce nom. C’est un album spécial, vu qu’il y a la combinaison des deux masters du dub, Lee Perry et King Tubby’s. De plus, si les sources historiques sont exactes, il semblerait que ce soit le premier album de dub avec des effets en stéréo. Ce qui est révolutionnaire pour l’époque, en 1974. Cet album c’est vraiment le début du dub avec les reverbs, les delays, les va-et-vients d’instrumentaux et de vocaux.

Le mot dub est affilié au mouvement sound system actuel alors qu'on n'y joue pas forcément que du dub. Quelle en serait ta définition ?
C'est vrai que chacun peut avoir une définition du mot dub. Pour moi le terme est issu des faces B des 45T jamaïcains des années 70. Le dub c'est juste du reggae d'une manière déstructurée, déformée, retravaillée avec des effets. Au fur et à mesure des décennies, il a évolué. Le mouvement s'est un peu épuisé en Jamaïque après les années 80 et l'avénement du digital. Le relais a été passé aux Anglais dans les années 90 avec notamment Adrian Sherwood, Iration Steppas, Conscious Sounds, Mad Professor... Certains Français ont pu découvrir ces artistes là-bas grâce à la proximité géographique entre la France et l’Angleterre et ça leur a donné des idées. Il y a eu une espèce de réinterprétation du mouvement à la française qu'on appelait le nouveau dub à la fin des années 90 et début 2000 notamment avec High Tone. C'est une évolution naturelle que connaissent toutes les musiques je dirais. L'étiquette dub est un peu générique mais pour moi le dub, c'est un courant, c'est un mouvement historique donc c'est beaucoup plus complexe que l'image que l'on veut bien lui donner aujourd'hui.

Considères-tu Blackboard Jungle comme un sound system dub ?
Pour moi c'est un peu réducteur parce qu’on joue aussi bien du early reggae, du digital des années 80 ou du Jammy's comme on peut aussi jouer des productions actuelles. Il nous arrive même de jouer des productions futuristes, ce que l'on pourrait appeler l'an 3000. On ne peut pas nous mettre dans une case, on adore la musique et on essaye de couvrir l'histoire du reggae depuis sa création. On ne joue pas trop de ska parce que ce n'est pas trop notre truc mais sinon on ne se limite pas du tout au dub.

Lee Perry nous disait dans un interview que le dub était un pouvoir. Es-tu d'accord avec ça ?
Déjà, ce n'est pas n'importe qui qui dit ça, c'est Lee Perry. C’est une figure emblématique du reggae qui a poussé le style à son paroxysme avec King Tubby's et ensuite tous ses disciples. Avec Lee Perry, il y avait vraiment une dimension spirituelle derrière la musique. C'était sa ligne directrice donc c'est pour ça que ça a un pouvoir. Ce n'est pas une phrase lancée au hasard, il y a des raisons à ça. Pour moi c'est exactement ça, quand tu écoutes la musique de Lee Perry sortie du Black Ark Studio, il y a vraiment quelque chose qui paraît sorti de l'au-delà, comme si ça venait d'ailleurs.

Dans ce pouvoir qu'a la musique, il y a aussi une dimension physique avec les basses et l'ambiance du sound system n'est-ce pas ?
Oui. Ça me rappelle la première fois que je suis allé au Carnaval de Notting Hill et que j'ai découvert Channel One et Aba Shanti I. J'ai commencé à sentir mes tripes bouger, mon ventre, le feeling de la basse, sentir les notes. Je me suis dit, là il se passe quelque chose. Ça a été un peu comme une révélation pour moi. Je pensais connaître un peu le reggae mais je ne connaissais pas cet aspect !



Avez-vous également découvert le sound system par le mouvement techno comme certains en France ?
Pas du tout. Le sound system on l’a découvert à Notthing Hill. On avait assisté à quelques soirées auparavant à Paris à l’Elysée-Montmartre où on a pu voir Mad Professor ou Iration Steppas mais ce n’étais pas sur des sonos. Le premier sound que j’ai vu à Paris c’était Jah Youth, à l’Espace des Peupliers. C’était mythique parce qu'il devait être autour de 11h00 et on a vu toute une ribambelle de rastas arriver avec des scoops et monter la sono en très peu de temps. C’était impressionnant. Mais je pense qu'il y a effectivement un parallèle entre les mouvements techno et reggae. Le but est le même : celui de la restitution de la musique. Après il y a différentes visions, autant qu'il y a de sound systems reggae ou techno. Certaines personnes aiment le son propre, bien restitué, d’autres préférent un son très saturé.

Avez-vous connu les soirées sound illégales ?

J’en ai fait très peu car quand j'ai découvert le sound system, le mouvement techno commençait à s'essouffler. C’est-à-dire qu’au départ c’était vraiment un mouvement libertaire, qui en avait marre de cette société oppressante. Ça part de l’Angleterre sous Thatcher où il y avait une opposition. Tout a une raison, cette dynamique libertaire n'est pas née de nulle part. Si on se renseigne un petit peu, la techno est née de cette idée où l'on essaye de se débrouiller avec ce que l'on a, avec nos camions, de se libérer de tout et de vivre hors société. Si celle dans laquelle on vit ne nous convient pas, alors on essaye de créer notre micro-société. Après, le mouvement est un peu devenu n’importe quoi, avec un côté fashion, avec la drogue à excès, c’est devenu un peu du folklore. Je ne suis pas le mieux placé pour parler de la techno, mais dans le peu que j’ai vu et que j’ai pu constater, il y a eu une dilution du message. Parce qu'il y avait vraiment un message derrière à la base. Le mouvement s’est fait rattraper par la techno.

Quel est ton souvenir le plus rock’n’roll en sound system ?

C’est la fois où j’ai vu Jah Tubby's et Aba Shanti I dans une salle de 40 m² avec des tas d’enceintes. Ils jouaient tellement fort que mes yeux étaient troublés, je n’arrivais plus à voir, mon souffle était coupé pendant quelques instants. J’ai dû sortir, mais c’était extraordinaire.

Estimes-tu que sounds jouent trop fort parfois ?
Bien sûr il faut être habitué, parfois même nous dans l’élan on peut dire qu’on joue trop fort. Certains jouent plus fort que d’autres et ça peut déranger. De manière générale, je crois que tous les sound systems essayent quand même de garder la qualité sonore de la diffusion.

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