Le magicien Manudigital est de retour avec un nouveau projet. Dub Trotter (X-Ray Production, dispo ici) est le fruit d'une tournée réalisée dans pas moins de 20 pays pendant 2 ans. Au gré des escales, il a concocté un album presque exclusivement dub, mais toujours caractérisé par cette touche digitale qui lui est propre et qui rend le projet excellent.

L’album est, dans sa majorité, instrumental. En effet seuls 3 titres des 10 au total contiennent des vocals avec la présence de Joseph Cotton, qui a accompagné Manudigital sur de nombreuses dates mais également Peter Youthman, ODG et Blackout JA. On compte aussi une belle collaboration entre notre frenchy et les mexicains de Bungalo Dub dont on reparle plus bas.

Bien que Dub Trotter soit composé de beats rapides dans l’ensemble, nous débutons sa découverte avec L’île aux canards, une entrée sombre et planante à coup de drop et chant de flûte qui annonce de suite le nouvel angle musical qu’a choisi de proposer l'artiste. On retrouve cette ambiance quelque peu mystique avec les morceaux Manila et Mexicali. Noumea Hotel Room nous offre tout autre chose, à l'aide de petites sonorités rappelant les jeux d’arcades. On se plait à l'écoute de Safe Guard dans la même veine qui décoiffe.



C’est une exploration plus dubstep que notre oreille accueille sur Must Get brillant remix de son ancien titre Must Get Panic sorti en 2016 aux côtés de Peter Youthman. On big up ODG pour cette participation et on se laisse conquérir par la touche dancehall et le melodica planant qui viennent faire de cette réappropriation un titre puissant.

Avec Manila, débute une véritable transe musicale sur un dub hybride surfant parfois même discrètement avec le UK et une house orientale. Au programme, des interventions très organiques qui tapent fort nous replongeant dans les débuts de l’univers techno tout en oscillant avec des pauses spirituelles et délicates voyageant au cœur de l’Asie, et faisant ainsi bien porter son nom au morceau (Manila étant la capitale de Philippines). 



Canada Airport est une belle surprise avec son univers 100% techno old school et drum & bass. Eurostar est dans la même ligne mais possède un côté beaucoup plus obscur avec son intro profonde, grondante et sa puissance digitale répétitive accompagnée d’aigus hypnotiques. On note un grand contraste avec d'autres titres comme Iztapalapa, où l'on savoure un dub profond et conquérant concocté de l’autre côté de l’Atlantique par Bungalo Dub. On salue ici le travail de la section cuivres qui vient intensifier le tout et accentuer la profondeur de cette pépite musicale ! Sans doute notre coup de cœur sur ce projet !



Safe Guard s’impose avec la puissance de Blackout JA qui ne délaisse en rien son flow dancehall que Manudigital couple ici à merveille à des kick bien affutés. Un pur régal et des lyrics que l’on apprécie tout autant que le son. On continue dans un dub électro des plus énervés avec Dub de 13 en featuring avec Joseph Cotton avant de clôturer entre fond mystique et beat énergique sur Mexicali. Un savant mélange qui résume parfaitement cet album. 



Manudigital a fait de Dub Trotter un album dub subtil. Peu importe le style il n’a pas froid aux yeux et ne déçoit jamais. On trouverait presque l’album trop court mais il suffit de faire replay et c’est reparti !