Après Rêver (2016) et Zéphir (2018), Ryon a débarqué en octobre avec son troisième album Esperanza de quoi faire le plein d’un reggae francophone festif, dynamique mais qui n’oublie pas pour autant d’être à 100% ancré dans l’actualité parfois bien sombre. Entretien plein d'espoir avec Cam, le leader et chanteur du groupe.

Reggae.fr : Esperanza vient de sortir. Le titre avait il été décidé avant la crise actuelle ? Avez-vous pensé à reporter la sortie ?
Cam : Tout était prévu bien avant le début de la crise sanitaire, ça faisait déjà 2 ans que la majorité des titres de l'album étaient composés donc il était essentiel pour nous qu'il voit le jour :) On n'a pas imaginé reporter sa sortie une seule seconde car on pensait justement que ça ferait du bien aux gens de découvrir de nouveaux sons d'espoir. On est très contents de la sortie pour l'instant ! Nous avons de très bons retours !

Qu'en est il de la tournée ? 
La tournée nationale initialement prévue pour la sortie de l'album est malheureusement reportée sur 2021. Ça fera quasiment un an qu'on aura pas jumpé sur scène, donc on a tous très hâte que ça reprenne, on reste persuadés que bientôt tout ça sera derrière nous !

Comment avez-vous vécu le confinement et comment vivez-vous ces reports de tournée et de dates ?
Nous sommes bien sur frustrés par toutes les restrictions de libertés qui nous sont imposées à tous et qui frappent en plein coeur le domaine de la culture. D'un point de vue professionnel, comme dans de nombreux autres domaines sinistrés, le contexte est très inquiétant et laissera à coup sûr des cicatrices importantes. En tant que groupe, nous perdons ce que nous avons de plus précieux, l'échange en réel et en vivant avec le public.



Quelle est la grande différence entre cet album et les précédents ? dans le processus de prod ou d'autres aspects ?
Sur cet album nous avons accueilli notre nouveau claviériste (Flo) qui a amené sa touche, c'était une nouvelle expérience pour nous et on en est super content car le résultat est très cohérent. Nous avons pu prendre plus de temps en studio et comme d'habitude nous avons composé l'album à la campagne, sur plusieurs sessions de résidence qui sont toujours des moments privilégiés de création durant lesquels nos journées se résument à "jouer,manger, jouer, dormir, jouer". Du point de vue de la production, nous avons monté notre label Cycle Music il y a plus d'un an, c'est donc la première fois que nous sortons un disque en tant que label indépendant et en gérant tout de A à Z. Du studio jusqu'à la mise en magasin via notre distributeur Modulor, en passant par l'envoi de l'album à nos fans directement. C'était pour nous évident d'adopter ce fonctionnement artisanal, qui permet un lien direct et sans intermédiaires entre nous et le public !

Quelle est votre relation à la langue espagnole et au pays ?
C'est la langue de mes ancêtres du côté paternel, une langue que j'aime beaucoup et que je pratique de plus en plus grâce à mon beau frère qui a fondé sa famille dans le sud de l'Espagne. Quand on en a parlé avec le groupe, on trouvait tous que l'espagnol collait bien à l'esprit engagé et militant que nous voulions sur Esperanza.

Pouvez-vous nous parler du titre Gardiens de la paix, son message et comment il a été construit musicalement ?
On voulait surprendre avec ce son, déjà par le titre qui pourrait laisser penser que le morceau parle des violences policières, mais aussi par la musique que nous voulions faire sonner comme un vent de révolte positive et déterminée ! On a choisi un rockers pour que le groove soit bien dynamique et on a opposé les deux couplets, le premier dressant le sombre constat de l'absurdité de notre monde et le second se focalisant sur les alternatives existantes et/ou à inventer !



Comment s'est faite la collab avec Naâman ?
On s'est croisés sur deux trois festivals et on a surtout eu la chance de faire sa première partie au Trianon en 2018 (une ambiance de folie). Étant tous fans de sa musique et de son état d'esprit, on l'a contacté pour lui proposer de partager un son sur notre nouvel album. Au final on est fiers de l'avoir avec nous sur ce titre, il a sorti un super flow sur le couplet et à même poser quelques mots en français sur les refrains ! C'était très cool d'échanger avec lui, c'est un super gars! Big up à toute l'équipe de Big scoop !

Vous sentez-vous proches des mouvements ZADistes ?
Nous nous sentons surtout reconnaissants vis-à-vis de ces courageux lanceurs d'alertes qui n'hésitent pas à défendre (parfois au péril de leurs vies comme Rémi Fraisse) la biodiversité face à des projets d'aménagement d'utilité souvent très contestables. Nous voulions d'une certaine façon leur rendre hommage avec cette chanson et rappeler que leurs actions ont pour finalité la préservation du vivant ! Les médias les montrent comme les méchants marginaux de l'histoire, alors qu'en vérité leurs convictions humanistes, écologistes et solidaires sont une barrière indispensable à la folle machine capitaliste que rien ne semble pouvoir arrêter.



Comment travaillez-vous ensemble pour la composition des riddims et de l'écriture ?
Ryon est un groupe avant tout, nous composons donc de façon collective, en respectant les goûts et les avis de chacun. Sur cet album nous sommes allés encore plus loin dans cette démarche car la majorité des morceaux sont nés en résidence alors que nous étions tous ensemble à créer et tenter de nouvelles choses.

Quelle est votre meilleur souvenir sur cet album ?
A titre personnel mon meilleur souvenir restera le jour où nous avons composé la chanson What You Gonna Do car elle est née en quelques heures de façon tout à fait spontanée et naturelle à tel point que ça m'a marqué. Je me souviens avoir écrit le texte en quelques minutes, inspiré par le riddim que les gars venaient juste de commencer à faire groover. Quand ça se passe comme ça, c'est magique, on a presque l'impression que ça ne vient pas de nous mais d'une force supérieure qui nous dit quoi jouer et quoi dire.

Et le pire souvenir ?
Le plus frustrant surtout, c'est d'avoir été contraint de terminer l'album durant le confinement. On a par exemple été obligés d'enregistrer le titre avec Naâman à distance, en échangeant par téléphone, au lieu de faire ça tous ensemble, en studio, en partageant un max de good vibes.

Un dernier message pour les lecteurs de reggae.fr ?
Merci d'avoir pris le temps de lire notre interview, on espère que notre nouvel album vous plaira et que vous aurez envie de le faire découvrir à vos proches ! Prenez soin de vous et des gens autour de vous, à très bientôt pour une danse autour de reggae music ;)

Esperanza est dispo ici.