Mystically - Interview
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Mystically - Interview

En novembre, nous découvrions l'album Iration du groupe Mystically, mené par Marie-Lou et Adeline. Le groupe offre une soul à la touche afro-roots des plus envoutantes. Un duo féminin dans le reggae made in France est suffisamment rare pour que nous décidions de nous entretenir avec l'une d'elles, Marie-Lou, pour en savoir un peu plus sur ce beau projet : 

Reggae.fr : Quelle sont vos principales influences ?
Mystically : Nos influences sont très diverses, on a toutes les deux baigné dans la musique sous toutes ses formes et depuis toutes petites. Je dirais que ce qui nous a réuni, Adeline et moi en termes d'influences c'est notre amour pour la soul, le reggae, la musique afro caribéenne au sens le plus large du terme, le funk, le hip-hop. Et puis on est de la même génération donc on a plus ou moins écouté les mêmes sons plus jeunes!

Pouvez-vous expliquer le nom du groupe ?
Notre "vraie" rencontre musicale en 2007 s'est opérée à l'issue d'un concert dans lequel nous étions choristes, nous étions 3 chanteuses à l'époque. On s'est mis à fredonner ensemble, à improviser et la spontanéité avec laquelle nos voix se sont entremêlées nous est apparue comme assez... mystique! On a chanté sans même se regarder pour se dire qui prend telle ou telle tessiture, par exemple, ça s'est fait très naturellement. C'était un peu magique cette osmose, on se souvient toutes de ce jour particulier. Et puis ensuite, on a cherché un nom de groupe qui sonne féminin sans aller sur les versants "queen, sista ou ou autre empress", on voulait un truc à nous...Et Mystically est né!

Iration est l'album 8 titres qui vient de sortir. Pouvez-vous nous en expliquer le titre ? et nous parler de son message.
Iration signifie donc Création. Et cela représente parfaitement le cheminement dans lequel on a été ces dernières années tant musicalement que spirituellement. Iration peut faire référence tant à la création divine, à la Terre-mère qu'à la création artistique à laquelle on s'est consacré dernièrement. Et puis, un certain nombre d'épreuves et d'événements personnels nous ont ébranlées au cours de ces dernières années sans jamais éteindre cet élan créatif. Au contraire, cela nous a transcendées et encore plus rapprochées. Quant au message véhiculé dans le titre Iration, il parle de ce besoin d'aller de l'avant, de se libérer, de croire en soi, de se rapprocher de l'essentiel en ces temps difficiles, de se battre aussi... à travers la méditation et la force que nous donnent nos enfants.

Comment avez-vous travaillé en termes de productions ? Si tu es en charge de la composition et de l'écriture, comment se fait ensuite le travail avec les musiciens et Adeline ? 
?Souvent j'écris et je compose le premier jet à la maison. Je soumets ensuite mes premières idées à Adeline, on peaufine ensemble. Et enfin, on propose aux musiciens qui eux aussi sont souvent force de propositions. Parfois, j'ai une idée très précise d'où je veux aller, parfois ce sont eux qui nous guident et qui nous font penser un morceau d'une toute autre manière. Ça a été le cas avec I Wonder par exemple, que j'avais imaginé très roots reggae et qui a finalement été arrangé d'une toute autre manière. Dans tous les cas, dans le processus de création, on ne se ferme aucune porte, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Il y a des morceaux qui sont nés après un jam aussi... Bref, tout est possible, c'est ça la puissance de la musique, on est libres!?



Comment articuler le choix de tels thèmes sur tels riddims ??
Je dois avouer que l'on ne se pose pas vraiment la question... Les thèmes viennent sur les riddims ou des riddims se créent autour de thèmes sans qu'il y ait forcément une réflexion en amont. Je pense qu'à partir du moment où l'on croit à ce que l'on chante, au moment où on le chante, le message passe toujours. On peut dire des choses très graves sur une musique assez légère et vice-versa.?

Vous chantez en anglais. Pourquoi ce choix ?
C'est une grande question c'est vrai... C'est plus facile pour nous, bien que ce ne soit pas notre langue maternelle.... Sans doute cela vient-il de nos influences ? On a et on écoute encore actuellement beaucoup de musique anglophone alors c'est une sorte de réflexe... Mais chanter en français est un de nos challenges, on l'a en tête depuis un moment déjà, et beaucoup de gens nous le demandent... J'admire les artistes qui arrivent à faire sonner le français sur du reggae notamment, c'est tellement rare, et je sais pour l'avoir déjà essayé que la tâche est ardue... mais pourquoi pas un jour? L'un de nos plus grands souhaits aussi serait de chanter dans la langue de nos pères, le lingala pour ma part, le créole pour Adeline... Ça serait un beau symbole du fait de nos histoires... On y travaille!

Un de vos titres est intitulé Jah Bless. Vous revendiquez-vous de la philosophie rasta ? ?
Dans mon histoire personnelle j'ai un lien particulier et très intime avec la philosophie rasta. Elle m'a aidée dans les moments où je recherchais mes racines et où j'ai trouvé dans cette foi un grand nombre de réponses et surtout un écho à mes questions. En tant que métisse née et vivant en France, ma recherche autour de mes origines africaines et ma place dans ce monde a été guidée entre autres par cette voie spirituelle. Mais je ne dirais pas que nous nous revendiquons Rasta car on n'aime pas les étiquettes et que ça ne nous définit pas complètement. Pour moi en revanche, cette vision panafricaine, cette idée que toute personne déracinée, cherchant d'où elle vient, issue de la diaspora africaine, où qu'elle soit dans le monde, peut tourner son regard vers la Terre-Mère, un ailleurs, tout cela m'a beaucoup inspiré. Un ailleurs où cette diaspora a une place, une terre qui l'accueille. Cette idée m'a vraiment transcendée à une période de ma vie où je cherchais mon identité. J'en parle un peu dans Africa d'ailleurs... Plus largement la spiritualité fait partie de nos vies, Adeline a une force spirituelle assez incroyable d'ailleurs.?

Pouvez-vous nous parler du titre Lonely ?
Lonely est un titre assez introspectif qui parle de toutes les mauvaises pensées qui peuvent nous traverser l'esprit lorsque l'on se retrouve seul notamment et qu'on "cogite" comme on dit. Enfin, c'est quelque chose que nous on vit régulièrement en tout cas! Et de l'importance de se libérer de ces chaînes qui entravent notre réflexion et nous empêchent de sentir notre force intérieure, la clé pour aller mieux car cette clé, elle est en nous.?



En rapport avec la chanson One Song, en quoi vos origines martiniquaise et congolaise influencent votre art ?
Nos origines afrocaribéennes sont assez déterminantes dans notre démarche artistique. Adeline a beaucoup chanté et joué dans des groupes de musique créole, avec son père notamment, cela fait clairement partie de son ADN et de son bagage musical. Quant à moi, c'est plus dans ma démarche personnelle de recherche quant à mes origines que j'ai trouvé les passerelles musicales à faire entre le Congo -et plus généralement l'Afrique- et la France.

Et mon titre préféré Heavy Rain, pouvez vous en expliquer la genèse ?
Heavy rain est un des titres les plus récents, il est né l'été dernier, un jour de forte pluie, d'où le titre. Je jouais de la guitare, en regardant à ma fenêtre ces milliards de gouttes qui tombaient sans s'arrêter... De là m'est venue la sensation que nous ne sommes rien de plus que ces minuscules gouttes de pluie, à la fois insignifiantes lorsqu'elles sont isolées, mais tellement fortes lorsqu'elles se mettent toutes ensemble à tomber. Rien sauf la puissance divine peut changer ça, c'est le message.

Comment vivez-vous une sortie d'albums dans cette période si particulière ?
On s'adapte ! On trouve d'autres moyens de diffuser notre musique, de jouer.  Et il faut dire que les acteurs de la musique, organisateurs de festivals, gérants de salles ou café-concerts, boîtes de production, rivalisent d'idées malgré tout pour faire face à cette crise et continuer à faire exister et vivre les groupes alors qu'ils sont eux-mêmes dans une galère totale. On a été pas mal sollicitées dans des programmes de live retransmis sur les réseaux sociaux par exemple. Bref, comme de tout temps, l'humain arrive quand même à sortir des choses incroyables, même lorsqu'il est pieds et poings liés. Alors au passage, un grand merci à tous ces acteurs qui nous permettent encore, à travers des concepts innovants, de faire parler de nous!

Travaillez-vous sur un set spécialement pensé pour la crise sanitaire ?
Alors non pas spécialement! Mais on est de toute façon obligées de s'adapter puisque l'on doit jouer en effectif réduit souvent à 4 maxi alors que sur scène nous sommes généralement 6 ou 7... Et on doit faire des choix cornéliens comme: on se fait un set avec une guitare ou un clavier? Bref, pas simple... Mais cela permet de repenser les morceaux autrement.

Vous êtes de la région de Besançon, est-ce une région qui vous a soutenues ? Y a t-il un esprit d'entraide ou de solidarité entre les acteurs culturels locaux ?
Besançon c'est un village, tout le monde se connaît! Il y a curieusement beaucoup de musiciens pour une si petite ville et une certaine entraide ou en tout cas une reconnaissance mutuelle, oui. Le contexte a encore plus retissé les liens entre les différents acteurs de la scène bisontine. La région (par le biais de son programme le CLAP pour être précis) nous a attribué une aide financière qui nous a permis de réaliser le clip Iration. Aussi, nous avons été programmées dans la plupart des salles de concerts et festivals de la région, ce qui est également une marque de soutien local. Et nos voisins de Mystical Faya, qui est un groupe qui a su se créer une place dans le paysage reggae en France et avec qui on échange souvent au détour d'une scène a pu aussi nous aiguiller dans la communication autour de Iration, notamment.

Etes-vous pleinement intermittentes ou devez-vous travailler à côté de votre travail musical pour survivre ?
Les musiciens qui nous accompagnent, eux, sont tous intermittents. Adeline est professeur de chant et d'éveil musical  en parallèle et moi je suis éducatrice spécialisée. Ce qui est bien c'est que nos métiers nous permettent d'avoir toujours un pied dans la musique, même dans notre activité professionnelle.

Un dernier message pour les lecteurs de reggae.fr
En espérant vous rencontrer  ou vous retrouver un jour au détour d'une scène, et au plus vite! Soyez bienveillants envers vous et les autres, gardez la force et la foi!

Par Propos recueillis par LN
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