Biga Ranx : le grand entretien
interview Reggae français 10

Biga Ranx : le grand entretien

Après une tournée triomphale, sold out dans toutes les villes où l'artiste est passé et un album (Eh Yo!) tout aussi réussi, nous vous proposons une rencontre avec un de ceux qui aura certainement le plus marqué la planète reggae en 2022 de par sa créativité et son innovation : Biga Ranx.

Reggae.fr : Nous venons de lancer une toute nouvelle émission intitulée BACKSTAGE à laquelle tu as participé. Qu'est-ce que le mot backstage évoque en toi ?
Biga Ranx : Backstage c’est la deuxième maison.

As-tu un ou des souvenir(s) particulier(s) concernant la création de l'album Eh Yo! ?
Backstage justement, car beaucoup de morceaux ont été composés en backstage, avec l’OP1.

Tu fais partie des artistes qui sont retournés sur la route dès que les salles ont réouvert. Y a t-il une date en particulier qui t'a marqué ?
Oui c’est le Jova Beach Festival l'été dernier, fondé par un artiste italien qui s’appelle Jovanotti. On m’a informé que j'étais booké sur ce festival dans le sud-est de l’Italie, seul. J’y vais. Et quand j’arrive mon pote de Voilaaa Sound System me dit qu’il y a joué mais qu’il ne sait toujours pas quoi en penser. Quand je lui demande pourquoi, il m’explique que je vais me retrouver devant 80 000 personnes et que l’artiste qui organise ça - bien que super attachant - est archi-mégalo. Je me demande alors dans quoi je m'embarque. Je regarde la fiche technique et je me rends compte que je ne dois faire que 25 minutes de show. J’arrive sur le spot. Et là je vois la tête du mec en énorme, tout le monde avec des écharpes à son nom. Et lui en fait, au bout des 25 minutes de show, il arrive sur scène et il chante. Il fait ça avec tous les artistes programmés (rires). Il les fait jouer 25 minutes et après il joue lui pendant 3h30. Il parle entre chaque concert, il vient jouer sur tous les concerts. C’est l’équivalent de Johnny Hallyday et M réunis en termes de notoriété. J’ai eu différent retours de potes italiens qui m’ont expliqué que c’est une légende du hip hop italien.

Comment as-tu construit ton show d'automne basé sur Eh Yo! ?
Ce show n’est pas le même que celui qu’on a pu voir l’été dernier. En effet on joue principalement Eh Yo! et aussi quelques classiques. On l’a construit à la vibe. On ne fait jamais les choses comme il faut (rires). On a fait une résidence et on a passé tout le temps qu'on avait à monter un décor. À tel point qu'au bout de quelques jours l’ingénieure lumière Lili est venue nous demander si à un moment on jouerait de la musique (rires). Et le dernier jour on a joué deux morceaux. Mais on a passé notre résidence à parler d’un décor.



Est-ce que ta musique et ton art visuel s’influencent mutuellement ?
Oui beaucoup. Car c’est trop important pour moi l’artwork. Je suis peut-être aussi un enfant de YouTube et avant ça ou internet la couverture d’un cd c’était déjà super importante. Sur Youtube aussi, c’est l’image qui te donne envie de cliquer. Parfois même tu vas kiffer un son juste pour la pochette.

Tu as attendu longtemps quand même pour mettre en avant tes propres créations visuelles sur tes projets musicaux.
Ça fait depuis Dub Champagne et 1988. Avant c’était une autre approche moins aboutie. Aujourd’hui je suis un artiste libre et je fais ce que je veux.

Est-ce que la peinture musicale, à la Kadinsky, est quelque chose qui te parle ?
Moi je vois des couleurs sur les sons. Par exemple mon ingénieure lumière me demande quelle couleur je vois sur chaque son pour préparer un show et je lui réponds telle ou telle couleur pour chacun. Ça a l’air un peu chelou comme ça et mais c’est ce que je vois.




Comment tu coordonnes la musique et l’écriture. Tu écris tous les jours quoi qu’il arrive ou tu as besoin de la musique pour écrire ?
J’écris tous les jours. J’écris des phases tous les jours. Ensuite je compose, je fais des mélodies et je mets des mots dessus. Généralement ça se passe comme ça. Après je fais les arrangements. Au départ je prends l'OP1, je mets un drum, un skank, une basse et parfois pas de basse pour ne pas perturber la mélodie de chant. Dans ce cas-là j’adapte la basse une fois que j’ai la mélodie.

Tu travailles beaucoup avec Lil’Slow en termes de prod.
Slow mixe et il compose aussi. Souvent je lui amène ces pistes que je viens de te décrire et ensemble on va rajouter des choses, une basse, un clavier. Par exemple pour Bruce Wayne, j’étais chez lui. Sur l’OP1 je lui ai dit de partir sur 74 bpm. Je lui donné quelques accords que j’aimais. Là il me sort une petite mélodie. Et après directement j’ai ouvert mes cahiers de phases. Car toutes mes phases je les imprime et j’en fait des cahiers. Donc je pioche et j’assemble, comme un puzzle. Ce morceau typiquement c’est un collage de plein d’idées, de phrases que j’aime bien et que j’assemble. Tu peux parler de 1000 trucs dans une chanson. Les rappeurs le font beaucoup.



Montpellier elle, semble moins être un puzzle, elle est bien ciblée.
Oui car je suis un enfant de la DDASS et c’était important pour moi de l’exprimer musicalement. C’est une chanson triste mais qui a un côté un peu revanchard, influencé par le hip hop actuel. Et c’est Blundetto qui est sur la prod. Je lui ai envoyé ce que j’avais posé sur un petit drum et un petit skank et il a tout refait et finalisé.

7 Days est réalisée avec Atili ton frère.
Cette chanson on l'a faite en 5 minutes. On était avec Dizzi chez Yanush (ndlr son frère). Il me demande de lui enregistrer des dubplates. Et il me fait écouter ce riddim. J'ai posé dessus comme ça en 5 minutes.

On retrouve régulièrement toujours les mêmes artistes producteurs autour de toi, mais aussi dernièrement un réalisateur qui a dirigé plusieurs de tes clips : Jules Gondry.
Je l’ai rencontré par son frère qui est Bifty. On a connecté comme ça mais on a mis longtemps à commencer à faire des clips ensemble. Au début je lui donnais des clips à monter comme Mexico, Vieille Branche. Et on a convenu ensuite qu’il prenne en charge la réalisation de clips et on a démarré avec Big Plane. Avec son pote Simon ils ont énormément travaillé sur ce clip réalisé en stop motion. Jules est très perfectionniste et c’est ça qui est bien. C’est un punk perfectionniste. Et Big Plane est assez enfantin. Le clip plaît bien aux kids.



En parlant d’enfants, est-ce que la paternité a influencé ta musique ?
À fond. C’est le plus grand des bonheurs. Et puis je crois que je n’ai jamais fait autant de big tunes que depuis que je suis papa.

Quels sont chansons que tu aimes particulièrement jouer en live en ce moment ?
Je les aime toutes mais il y en a une que j’aime vraiment jouer c’est Regarde-moi. Après je les kiffe toutes, notamment Montagne, La Glace, Bruce Wayne, 7 Days, pour toutes c’est toujours un grand moment en live.

Pour revenir à Jules Gondry, son oncle Michel a commencé aussi avec des clips forts.
Oui d’ailleurs son oncle a beaucoup aimé Big Plane.

Il a réalisé Montagne aussi et 7 Days, et en dernier lieu La Glace.
On est parti en Islande pour tourner La Glace. C’était trop bien. C’est une super belle collaboration avec Jules Gondry. Il est super ce mec. Il est toujours là. On a fait un tune aussi dernièrement qui s’appelle Tournesol, pour le prochain album, dont on a aussi tourné le clip avec lui en Islande.



Il y a un autre artiste avec qui tu as travaillé sur l'album, c'est Moistune. Et tu as sorti sa mixtape F#@K My Job I Wanna Be Moistune sur ton label 1988.
Moistune c’est un super beat maker espagnol de vapor. Il fait partie du crew Jah Vapor. C’est un crew super talentueux. On se connaissait virtuellement et à l’occasion d’un concert au Temps Machine à Tours, je l’ai fait venir pour faire ma première partie. On a chillé aussi et on s’est mis à faire du son. C’est avec lui que j’ai réalisé mon premier tune en espagnol Como Esta.



Justement on peut parler de ce tune et surtout de ce clip ?
Pour le clip, j’ai expliqué à Moistune que j’aimerais bien que ce soit Little Eva qui fasse Aitor (qui chante avec moi sur ce tune) et Cris, une autre de ses copines qui interprète mon personnage, et qu’on brouille ainsi les genres. Deux meufs jouent donc aux deux gars et le clip raconte leur ballade en voiture. On a réalisé le clip avec Vanitas & Alejandro Loen qui sont super talentueux. Leur univers graphique correspond totalement à notre identité vape.

Tu as aussi sorti une mixtape intitulée Off Road, mais sous le nom de Telly.
Oui car c’est plus un projet de prods qu’un projet vocal comme Biga Ranx. Il y a des instrus et c’est très typé lo-fi, très perso. Dans la lignée des autres mixtapes, j’y mets un délire alternatif, une autre approche du dub.



Un dernier mot pour les lecteurs de Reggae.fr ?
Big Up à tous ceux qui suivent le mouvement, tous ceux qui supportent. Merci 1000 fois à Reggae.fr pour votre soutien et pour votre accompagnement.

Merci Biga Ranx !


Par Propos recueillis par LN / Photo Jeanne Pieprzownik
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