Keros-N au Zénith de Paris : une démonstration de force et d’unité
Il y a des rendez-vous qui marquent une carrière. Pour Keros-N, cette date au Zénith de Paris avait une saveur particulière. Après plus de vingt cinq ans de parcours musical, l’artiste guadeloupéen retrouvait son public parisien le 23 octobre pour un concert à la hauteur de ses ambitions. Dans une salle comble, le rendez-vous est donné pour célébrer la musique antillaise et l’un de ses représentants incontournables.








Un warm up accueille le public qui rentre tranquillement dans la salle. Aux platines, DJ Sympton et DJ Krafty se chargent de faire monter la température avant l’arrivée de l’artiste. Puis la salle plonge dans le noir. Sur l’écran géant, un court-métrage introduit le spectacle. Les danseurs prennent possession de la scène avant que Keros-N ne fasse son entrée sur « Dayè ». La réaction du public est immédiate. Les mains se lèvent, les voix s’élèvent, le Zénith est lancé.









Les premiers titres s’enchaînent avec énergie, entre « Bran New », « Gyal Dem » et « Fire Man ».
Keros-N est venu avec un show pensé dans les moindres détails, mais aussi avec son lot de surprises. Lycinaïs Jean fait ainsi son apparition pour interpréter « Sirène ».









Puis, le show continue avec « Fanm Gwadloup », un titre qui prend une dimension particulière avec un passage gwoka. Une manière pour l’artiste de mettre à l’honneur le patrimoine musical guadeloupéen au cœur d’une production résolument contemporaine.




Keros-N ne se contente pas de revisiter son répertoire. Il défend également son actualité avec Shatta Hard, son album sorti en juillet dernier. Un projet qui témoigne de sa volonté d’explorer ce type de prod sans rien perdre de sa maîtrise technique. Avec « Ainsi Font » et « Titanic », mais aussi « Ce soir » rejoint pour l’occasion par N’Ken, le Zénith bascule en mode shatta. 











L’ambiance monte encore d’un cran lorsque retentissent les premières notes de « Siwo ». Keros-N invite alors sur scène Nicy, complice de longue date, sous les acclamations d’un public en ébullition. Le temps de quelques titres, ce dernier prend les commandes du show, bientôt rejoint par Shaba.


Le maître de cérémonie reprend ensuite sa place pour enchaîner les morceaux qui ont contribué à bâtir sa réputation : « Un Dos Tres », « On Son Gyal », « Madame » ou encore « Vizè Pli Lwen ». Autant de titres qui témoignent de la diversité de son répertoire et de sa capacité à fédérer.














Autre moment marquant : « Multiprise ». Assis sur une chaise, Keros-N interprète ce titre dans une atmosphère différente, accompagné sur scène par Medhy , champion de Guadeloupe de Fouet, un des symbole du carnaval Guadeloupéen. Le public reprend avec leur mains chaque clap du morceau dans un échange qui illustre une nouvelle fois la communion entre l’artiste et ses fans.
Keros -N crée une nouvelle fois la surprise quand Evil P, artiste mais également acteur puisque récemment vu dans la série Bandit sur Netflix, vient à son tour partager la scène le temps d’un titre.
Tout au long de la soirée, Keros-N alterne les titres fédérateurs et mainstream et les morceaux plus engagés, démontrant qu’il sait aussi bien faire danser que porter un message.



Puis le concert prend une tournure plus militante avec « Black », suivi de « Fwansé ». Avec leurs lyrics très engagés, ces titres trouvent un écho immédiat dans la salle, qui reprend les paroles avec conviction.
Cet été, Keros-N avait rejoint Young Chang Mc sur la scène du Vélodrome, en Guadeloupe, lors de l’AB Boyz’s Show, marquant une réconciliation entre deux acteurs majeurs de la scène guadeloupéenne. Au Zénith, les rôles s’inversent : c’est au tour de Young Chang MC de rejoindre Keros-N. Devant un public survolté, YCMC interprète quelques titres, dont « Chokola VanY » et « Lésé Mwen ». Une séquence forte et symbolique.
Les surprises ne s’arrêtent pas là. Accompagné de deux policiers, un individu cagoulé et menotté fait son apparition sur scène. Lorsque sa cagoule est retirée, le public reconnaît Miky Ding La. L’effet est immédiat. Fraichement libéré il en profite pour interprèter aussi quelques titres.



En 2025 le Wylf Riddim avait affolé l’actualité dancehall et de nombreux artistes, toutes générations confondues, avaient posé dessus. Keros-N avait également livré sa version qu’il nous joue ce soir.
Le temps passe, et Keros-N le rappelle lui-même, il va devoir conclure le show. Mais avant de tirer sa révérence, l’artiste a encore quelques cartouches en réserve pour achever de mettre le Zénith à feu.
Dès les premières notes de « Plis Ki Zanmi », il pose son micro au sol. Inutile d’en faire davantage. Le public connaît les paroles par cœur et les chante à l’unisson. Larose le rejoint a sur scène pour interpréter le titre ainsi que la suite de l’histoire avec « Bien Plis Ki Zanmi », dans un tableau final de toute beauté.
Le show se conclut avec « Mal Vu », durant lequel il est rejoint par toute son équipe, pour un dernier moment de communion, à l’image de cette soirée placée sous le signe du partage. Dans la salle, les « ti dwèt » et les « ahou » ont résonné tout au long du concert. Les sourires à la sortie et les réactions publiées sur les réseaux sociaux dans les minutes qui suivent confirment la réussite du rendez-vous. Le défi du Zénith est relevé haut la main.


À l’issue du concert, Keros-N nous livre une réflexion qui résume l’esprit de cette soirée : « On a toujours été et on sera toujours plus forts ensemble. C’est plus facile de détruire que de construire, mais il faut qu’on mette la même énergie à construire ». Un message qui fait écho aux retrouvailles sur scène, aux collaborations et à la place accordée aux différentes générations d’artistes.
Ce soir-là, Keros-N a franchi un cap. Mais ne vous y trompez pas, pour lui le Zénith n’est qu’une étape. L’artiste guadeloupéen voit plus grand pour la suite et semble bien décidé à poursuivre son ascension. Comme le rappelle l’un de ses morceaux, cela fait près de vingt-cinq ans qu’il a toujours « Kontiniyé Kouwi ».






