Stephany Black : Life and Debt
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Stephany Black : Life and Debt

Durée : 1h26 - Sortie européenne le 07 avril 2004. Tuff Gong Pictures Production."Life & Debt" est un film-documentaire qui met en scène la détresse socio-économique de la Jamaïque. Ce document est basé sur une adaptation du roman de l’auteure antillaise Jamaïca Kincaid « A small place ». C’est l’auteure elle-même qui assure la voix off narrative. Le ton est à la fois cynique et tragique et Stephany Black, la réalisatrice, confie : "c’est un cri poétique contre la colonisation et ses retombées sur la vie personnelle de l’auteur. J’ai replacé ses mots, sa colère dans le contexte néocolonialiste de la Jamaïque d’aujourd’hui". Largement diffusé pour un documentaire, ce film a déjà de nombreuses fois été diffusé et primé en festivals. Sa première projection française a eu lieu lors du 2ème festival international du film des Droits de l’Homme de Paris, en mars 2004. Il y reçut le Prix du Public. Radicalement anti-mondialiste, la réalisatrice nous livre des informations brutes venues de précieux témoignages tels ceux de Michael Manley, ex-premier ministre ou Stanley Fischer, directeur du FMI. Pointant du doigt une à une les inégalités, les injustices et les absurdités du système socio-économique, Stephany Black fait un triste état des lieux. La Jamaïque, ses plages, son reggae…sa dette ! Le film débute, à bord d'un car de touristes américains, sur de magnifiques prises de vue de l’île. Il y a cette vision de la Jamaïque (la plus répandue) : île des Caraïbes, le soleil, la plage, le rhum…Et il y a une autre vision plus dérangeante pour nos touristes américains : la pauvreté au quotidien, le chômage, l’exploitation, l’impuissance du gouvernement. Michael Manley fait dans ce film l’une de ces dernières apparitions avant sa mort. Il apparaît très tôt et explique, à travers quelques rappels historiques, comment la situation de la Jamaïque s’est détériorée depuis la seconde guerre mondiale. Comment le gouvernement n’a eu qu’un seul recours possible, celui de l’aide internationale. C’est ici qu’interviennent le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque mondiale ou encore la banque inter-américaine. Ironie de l’Histoire, c’est Manley lui-même, qui conduisit le peuple jamaïcain entre les mains du FMI quand il était au pouvoir. Apparaît aussi Michael Witter, intellectuel jamaïcain souvent consulté sur ce genre de sujets. Il insiste, lui aussi, sur le point de non-retour qu’a aujourd’hui atteint la Jamaïque, ne pouvant garantir ni éducation ni hôpitaux à ses générations futures. L’avantage et l’un des grands points forts de ce documentaire réside dans le fait que les deux parties sont représentées. Si le point de vue est profondément anti-mondialiste, la réalisatrice ne se contente pas de recueillir des propos qui vont dans son sens. En laissant notamment la parole à Stanley Fischer, Stephany Black se dote d’une crédibilité certaine. La démonstration est simple et efficace : en considérant chacune des forces vives et des matières premières de la nation, voyons dans quelles mesures, celles-ci peuvent ou non contribuer au développement économique du pays. Pour mener à bien cette démonstration, la réalisatrice aborde les différents secteurs d’activité : l’agriculture, l’élevage, l’industrie laitière, l’industrie textile... Les témoignages sont précieux et ce sont, cette fois, les travailleurs qui ont la parole. On apprend dans ce document que le nombre de sièges au FMI par pays est proportionnel à la surface géographique de celui-ci (c’est grand les Etats-Unis !). Quand on sait qu’au FMI, une décision ne peut être prise qu’à 80% des voix et quand on fait la liste des intérêts économiques américains en Jamaïque, on est en droit de s’inquiéter pour l’avenir de l’île. Le pire n’est pas que la Jamaïque est un pays peu compétitif économiquement, le pire c’est qu’on veuille le garder pauvre et esclave des pays riches. Le message est assez clair surtout dans la bouche du directeur du FMI qui, avec un sourire coincé vous explique qu’un pays endetté se doit de rembourser. Il fait cette intervention juste avant qu’on apprenne que les taux d’intérêts sont grandissants avec le temps...La Jamaïque est prise dans un inextricable piège économique dans lequel les Américains mènent le jeu. La contradiction est totale dans cette situation où c’est un même pays qui, à la fois, aide et cause le péril d’une nation. La Jamaïque doit, à l’heure actuelle, rembourser 7 milliards de dollars au FMI, plus les sommes astronomiques empruntées à la Banque Inter-américaine, aux banques privées etc.… sans compter les intérêts ajoutés. Seulement 5% de l’argent emprunté depuis 1977 en Jamaïque a pu rester dans le pays. D’un point de vue social, certaines initiatives indépendantes naissent, redonnant un léger souffle d’espoir à la population mais la situation est plus que critique et bien que S.Black ait voulu décrire la détresse d’une population, l’atmosphère n’est pas pour autant à la lamentation. Ce film est le fruit d’un travail sérieux de collecte d’informations, de documents historiques plus ou moins inédits. C’est un regard lucide et réaliste posé sur la Jamaïque d’aujourd’hui. Cependant, on pourrait reprocher un certain manque d’implication malgré tout. On comprend très bien que le combat est anti-mondialiste mais le film semble tantôt trop orienté, tantôt pas assez. Ce qui ouvre la porte à des accusations gratuites et faciles s’il on n’est pas guidé davantage dans la lecture. Un bon documentaire que ce "Life & Debt", à voir au moins pour réviser son histoire "coloniale" de la Jamaïque. Après tout, les images se suffisent à elles-mêmes, la réalité est brutale. Sur fond de reggae roots, le combat politique est total. On y entend Bob Marley , Peter Tosh, Ziggy Marley, Sizzla, Mutabaruka, Anthony B ou Dean Fraser. Avec Harry Bellafonte, on revient au calypso, notamment avec « Banana boat song » illustrant parfaitement le propos. Buju Banton et Yami Bolo font une apparition dans le film pour un petit a capella dans le ghetto. Ils ajoutent au documentaire une touche mystique et méditative. Le film est entrecoupé de passages avec trois elders rastas, qui analysent la situation avec la clairvoyance qu’on leur connaît. Sur fond de rythme nyabinghi, on assiste à une grounation autour du feu, l’occasion de montrer une autre réalité, culturelle cette fois, dénuée de toute préoccupation économique. Un film à voir, reggae.fr l’a vu pour vous lors d’une séance spéciale le 09 avril 2004 en présence de la réalisatrice, Mutabaruka, Yami Bolo et Sarah Manley (la fille de l’ex premier ministre). La projection a été suivie d’un débat dans lequel on a pu voir un Mutabaruka anti-US et fier que la France n’ait pas suivi les Etats-Unis en Irak. La réalisatrice, quant à elle, a répondu à quelques questions concernant la diffusion du film sur lequel France2 avait mis une option avant de se rétracter. Sarah Manley qui fut assistante de production aux côtés de Stéphany Black est restée très discrète. La séance s’est terminée avec un mini-concert de Yami Bolo, seul avec sa guitare où il interpréta entre autres "Conspiracy", "Worldwide corruption" ou "Be still Babylon" une demie heure de plaisir pour clôturer une séance cinéma pas comme les autres...La sortie du film est couplée de celle de la BO. Vous pourrez y retrouver deux extraits du film ainsi que la pétition pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde. Ce film a le mérite d’exister et montre la réalité dérangeante d’une île soit-disant paradisiaque. A signaler, le livre de Damien Millet et François Mauger "La Jamaïque dans l’étau du FMI"(L’Esprit Frappeur) qui, dans un petit format, fait le point sur la question. La réalité jamaïcaine que nous, amateurs de reggae, nous devons de connaître…
Par Max
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