Manuel Garcia : profession batteur
interview Lifestyle 6

Manuel Garcia : profession batteur

Pour les spécialistes du reggae stéphanois, vous avez pu le découvrir dans les années 2000/2010 aux côtés du groupe Datune. Manuel Garcia, surnommé El Manu, a aussi commencé à se faire connaître au niveau international en 2011 au sein du backing band Next Generation Family basé à Munich (grâce à Moritz le bassiste de Dub Inc), avec qui il a backé beaucoup d’artistes internationaux dans toutes l’Europe mais aussi en Amerique du Sud.

Les rencontres effectuées sur les tournées lui ont ouvert des portes sur de nouveaux projets et lui ont permis d’intégrer les équipes du Homegrown Band dirigé par Guillaume « Stepper » Brillard en 2017 pour les tournées de Ken Boothe, Horace Andy et Omar Perry.

L'artiste continue sa route depuis, dans le reggae mais aussi dans un groupe vaudou funk appelé Vaudou Game. Il a enregistré leur dernier album et est actuellement en tournée avec eux. Vous pouvez aussi le retrouver sur scène avec l’artiste Lass, et également en qualité de producteur sur le projet Samditquoi (à découvrir à la fin de l'interview).

Rencontre :


Reggae.fr : Te souviens-tu de la première fois que tu as vu et ou entendu une batterie ?
El Manu : Tout d'abord merci à vous pour l’invitation. Bien sûr que je me souviens, c’était la batterie de mon grand père qui se trouvait dans son grenier, une vieille Maxwin by Pearl. J’étais carrément trop petit assis sur le siège, mes pieds ne touchaient pas les pédales ! Je jouais la ride et la caisse claire et l’accompagnais pendant qu’il jouait de l’accordéon… Rest in Power Grandpa…

Quels souvenirs gardes-tu de tes cours de batterie ?
Des joies et des peines (rires) mais globalement je garde de bon souvenirs. J’ai eu la chance de ne pas trop tomber sur des profs « démotivateurs de carrière » qui faisaient ça sans passion et uniquement pour l’argent. J’ai aussi eu la chance d’avoir eu des profs qui, lorsqu’ils m’ont poussé dans mes retranchements, avaient les mots et la pédagogie juste pour me motiver à ne rien lâcher !

Quel est ton meilleur prof de batterie ?
J’ai eu la chance très jeune de recevoir l’enseignement d'un prof qui m’a donné un vrai intérêt pour cet instrument et ce métier, il s’appelle Michaël Boudoux, c’était en école de musique en banlieue Lyonnaise. Il a arrêté de donner des cours (à mon grand regret à l’époque) car il a ensuite consacré son temps à son métier premier: musicien de tournée et de session, ce qui m’a inspiré, j’ai voulu faire pareil.
Plus tard j’ai intégré l’école Dante Agostini de Villeurbanne (banlieue de Lyon) avec comme prof Hocine Meniri, j’étais plus vieux et mon focus était vraiment sur la technique pure et dure de drum et caisse claire. Merci beaucoup à eux deux qui m’ont apporté des choses différentes et m'ont permis de me construire en tant que batteur.

Quel est ton batteur préféré ?
Impossible d’en citer vraiment un… Il y a tellement de batteurs talentueux ! En reggae je dirais Sly Dunbar et Carlton Barrett, classique ! Mais pour la batterie en général je suis très fan de la frappe et du groove de John Otto (Limp Bizkit) et de Dave Grohl (Nirvana, Queen Of The Stone Age etc…). J’en place un spéciale à tous les Drummy Frenchy, on a un super niveau en France, vraiment, on aime cette musique, on la respecte énormément et ça s’entend. Big up les gars on est ensemble !

Quel est le batteur qui t'a le plus impressionné ?
Celui qui m’en a mis vraiment pleins les yeux et les oreilles (avec un regard et une écoute de batteur bien sûr) c’est Thomas Pridgen (The Mars Volta etc…). C’est un fou…

Quel est le batteur qui t'a le plus inspiré ?
Alors pour mon jeu reggae en dehors des grands messieurs cités plus haut, il y a vraiment un batteur qui m’a énormément inspiré musicalement et humainement, c’est Mr Fitzroy Dave « Prime Time » Green. Son jeu de charlet, son timing et sa vibe dans ses fills…  whaou !! Comme il dirait : « Control, Balance, Groove ». Maximum respect mi bredda !!

Quelle est ta batterie préférée ?
Pour le son moderne c'est DW, incontestablement, cette marque est incroyable… Pour le vintage, Ludwig ou Rogers.

La batterie que tu rêves de posséder ?
Je ne suis pas vraiment un matérialiste, j’ai eu pas mal de kits que j’ai revendus car je ne les jouais pas plus que ça… On tourne souvent avec du backline de location, notre caisse claire (des fois les cymbales) est notre élément le plus perso dans un kit. On va souvent la prendre avec nous. Mais pour répondre à la question, j’aimerais bien un jour avoir un kit Ludwig acrylique des années 1970… Ces batteries sont magnifiques.

Quelle est ta première batterie ?
Et bien la fameuse Maxwin de mon grand père.

As-tu déjà donné un petit nom à l'une de tes batteries ?
Haha à un kit non jamais, je personnalise pas vraiment les objets… Mais j’avoue avoir une caisse claire DW collectors series en bois rouge que je kiffe grave… Je l’ai appelé Ruby ;)

Le chanteur / la chanteuse qui t'impressionnera toujours / qui te surprend toujours quand tu le backes ?
J’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec de très grands artistes, féminins et masculins, chacun d’entre eux m’ont apporté une expérience et donc une progression dans mon métier et je les remercie grandement… Mais les deux qui m’ont littéralement mis les poils sur scène, c’est Queen Omega et Ken Boothe.

Quelle est la spécificité de la batterie dans le reggae par rapport à d'autres musiques ?
La batterie reggae a besoin d’un son, d’un placement et d’un feeling très spécifique. les patterns rythmiques reggae sont finalement très simples pour un batteur technique, mais l’interprétation, le son et la musicalité des fils sont très durs à assimiler.  Le reggae en plus d’être une musique très large et riche vient avec une culture. Comprendre, ressentir et vivre cette culture permet de mieux jouer cette musique. J’invite tous les batteurs reggae à se rendre en Jamaïque et à vivre leur vision de la musique, « you have to embrase it ! ».  Tu joueras différemment après. Si pas de possibilité de voyage immédiate, regardez les gars jouer sur le coté de scène quand ils viennent en Europe.

Peux-tu citer un morceau que tu kiffes jouer en particulier et pourquoi ?
J’adore jouer Freedom Song des Skatalites. C’est un morceau joyeux, énergique, puissant et tellement plaisant à jouer… Loyd Knibb (batteur des skatalites) est vraiment LA référence ska, je m’inspire beaucoup de lui lorsque je joue ce style.



Quel est ton break de batterie favori ?
Bon, on connait tous Carlton Barett et ses roulements de caisse claire anthologique ou encore Sly Dunbar et ses descentes de toms interminables mais tellement kiffantes… Mais mon fill préféré a été excecuté par Janis Carow, batteur Allemand qui a enregistré le Oneness Riddim. J’en profite pour Big Up la famille Oneness record de Munich : Filu, Moritz, Benni… Large up guys !!



De manière générale, quels sont tes accessoires indispensables ?
Une paire de baguette neuve Vaters 5A. Comme je disais je ne suis pas un gros matérialiste, le matos doit rester bien sur décent mais c’est le musicien qui fait le son… pas son instrument.

Quel conseil donnerais-tu à ceux qui souhaitent commencer la batterie ?
Kiffez ! Jouez des sons que vous écoutez, que vous aimez ! Achetez-vous quand même du matériel décent pour prendre plaisir en jouant, même si vous commencez.

Et à ceux qui souhaitent en faire leur métier ?
Alors pour en faire son métier il faut savoir une chose: musicien pro est un vrai choix de vie. Oublie tes weekends et tes vacances d’été. Oublie cette stabilité (totalement utopiste d’ailleurs…) que la société te propose avec un CDI, oublie les afters interminables en sortie de concerts. Il y a des codes à respecter, une rigueur et un haut niveau à entretenir en permanence. Tu peux avoir des jours down, on n'est pas des machines ! Mais être pro pour moi signifie que tu ne peux pas te permettre d'être en dessous de 75% de ton best et ta moyenne ne doit pas être en dessous de 85%. Finalement c’est souvent la musique qui te choisit… Ce ressenti dans ton estomac quand tu es sur scène, ce bonheur que tu apporte aux gens, cette énergie partagée, ces rencontres magnifiques… Pour moi ça vaut plus que tout l’or du monde. Je suis en mission, comme un soldat. C’est un état d’esprit, une façon de vivre, une culture.

Un dernier message pour les lecteurs de reggae.fr.
Merci à tous d’avoir pris sur vôtre précieux temps pour me lire et merci à vous reggae.fr de mettre en lumière nos métiers. Continuez à aller voir des concerts en chair et en os, on est vivants ! Ne laissons pas ces sheitans de politique nous diviser ! Respectons les choix de chacuns / chacunes et surtout rappelons-nous que l'on vit ensemble et pas les uns contres les autres, c’est vraiment important. Remettre l’amour et la bienveillance au premier plan.

Prenez soins de vous !
One Love





Par propos recueillis par LN / Photo Dominik Fusina
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