À l’occasion de la sortie de People Find The Way, Arsians confirme son ancrage dans un reggae organique et habité. Deuxième album après Exit The Kingdom, ce nouveau projet marque une étape pour le groupe, tant sur le plan humain que musical. On a échangé avec Matthias Esselin, percussioniste du groupe et qui a accepté de répondre au nom de tous ses membres, sur la genèse de l’album, leur manière de fonctionner et la suite de l’aventure.
Reggae.fr : Arsians est né d’une histoire d’amitié avant d’être un projet musical. Raconte-nous.
Arsians : Arsians, à la base, c’est avant tout une histoire d’amitié. La fondation, c’est une bande de potes réunis par une même flamme : le reggae. Anthon (batterie), Ben (basse), Matt (percussions) et Tom (guitare rythmique) montent une petite formation juste pour le plaisir de jouer ensemble. Très vite, Xavier nous rejoint. Ingénieur du son et passeur de fréquences, il affine le son et donne une vraie couleur au projet. Il ne manquait plus qu’une voix à tout ça.
En 2019, lors d’une soirée sound system, la rencontre avec Victor (alias Fouf) s’impose comme une évidence. Le lien est immédiat, l’équilibre se crée, le projet prend racine. En 2021, la famille s’agrandit avec Ernest, Fred Dubwise et Marti, tous issus du collectif Humble-Tree Hi-Fi, puis la section cuivres vient enrichir le groove et la dynamique collective.
On démarre réellement le groupe en pleine période de confinement, avec des répètes organisées tant bien que mal… fausses attestations pour sortir, ou parfois même aucune excuse, mais toujours avec l’envie intacte de faire vibrer la musique.
Le groupe s’est construit progressivement jusqu’à devenir un live band de dix musiciens avec un chanteur. Comment travaillez-vous tous ensemble ?
Travailler à dix musiciens, ce n’est pas toujours facile, et on ne va pas prétendre le contraire. Entre le travail, la vie de famille et les emplois du temps de chacun, il faut constamment s’adapter et faire des compromis. On essaie de se retrouver au moins une fois par semaine, parfois tous ensemble, parfois par sections (rythmique, cuivres, chœurs…), selon les besoins.
Ce fonctionnement nous permet d’avancer efficacement tout en respectant les contraintes de chacun. Le travail est très collectif : chacun apporte sa vision et ses idées, et c’est dans cet échange permanent que le son d’Arsians s’est construit, jusqu’à trouver une identité et une couleur qui nous ressemblent vraiment.
People Find The Way arrive après Exit The Kingdom. Qu’est-ce qui a le plus évolué chez Arsians entre ces deux albums ?
Entre Exit The Kingdom et People Find The Way, ce qui a le plus évolué chez nous, c’est la maturité, autant humaine que musicale. On a gagné en confiance, en précision et en cohésion. La création est devenue plus fluide, plus consciente, avec une vraie recherche d’équilibre entre l’énergie du live et la finesse des arrangements.
Chaque musicien a trouvé davantage sa place, ce qui nous a permis d’aller plus loin dans les compositions. On a aussi pris plus de temps pour affiner le son et les dynamiques, afin de proposer un projet plus abouti, plus personnel, et surtout plus fidèle à ce qu’on est aujourd’hui.
Vous avez fait le choix d’assurer en interne presque toutes les étapes de production (prises, edits, mix). Pourquoi cette volonté de tout reprendre en main pour ce second album ?
Pour ce second album, on a eu envie de reprendre les choses en main dans la continuité du premier. Sur Exit The Kingdom, on avait déjà réalisé beaucoup d’étapes en interne (prises, edits), mais le mix avait été confié à Manjul. Cette fois, on a ressenti le besoin de prendre le temps, d’adapter le travail au rythme des musiciens et de creuser davantage notre son.
C’était une manière plus artisanale de travailler, en restant au plus proche de nos sensations et de l’énergie du groupe. On voulait aussi réduire l’écart entre le son live et le son studio, garder quelque chose de plus organique et sincère. Pour le mastering, en revanche, on a choisi de refaire confiance à une oreille extérieure, Bobby de chez Baco Studio, afin d’apporter le recul nécessaire et de finaliser le projet dans les meilleures conditions.
En quoi cette approche artisanale a-t-elle influencé le son, l’énergie ou même les choix artistiques du disque ?
Cette façon de travailler a surtout influencé l’énergie du disque. On n’avait pas des moyens techniques illimités, donc on a fait avec ce qu’on avait, en misant avant tout sur le collectif et le moment présent. Le fait d’être réunis dans un même lieu, au milieu des collines en pleine nature, dans la yourte de Fouf (le chanteur du groupe), a créé une atmosphère particulière, propice à l’échange et à l’écoute.
Ce home-studio nous a poussés à aller à l’essentiel et à capter des prises vivantes. Certains choix artistiques se sont faits naturellement, parfois sur l’instant, en suivant le ressenti du groupe. Au final, le disque reflète surtout une période, un contexte et une énergie, plus qu’une volonté de cocher des cases.
Quel est le message principal que vous souhaitez faire passer avec votre musique ?
On n’essaie pas spécialement de faire passer un message unique à travers notre musique. Certains titres de l’album, comme System ou Police, parlent du peuple et dénoncent les injustices et ce qui ne fonctionne pas dans notre société actuelle. Mais chez Arsians, chaque morceau a son propre thème, son ambiance, son histoire.
Ce qui nous importe surtout, c’est de transmettre des émotions et de créer un lien avec le public. Que ce soit à travers des morceaux plus sombres ou plus lumineux, l’idée est de rassembler, de parler à des gens qui se reconnaissent dans ce qu’on raconte, même s’ils ne se connaissent pas entre eux. Si notre musique peut fédérer, faire réfléchir ou simplement faire du bien, alors le message est déjà passé.
Quel est votre meilleur souvenir durant le processus d’enregistrement ou de création de l’album ?
Difficile de choisir un seul moment… mais ce qu’on retient surtout, ce sont les soirées passées tous ensemble dans la yourte. Après les sessions d’enregistrement, on se retrouvait souvent autour d’un repas : certains cuisinaient pendant que d’autres écoutaient des morceaux, discutaient ou refaisaient le monde.
Le contexte a énormément compté dans cet album : être ensemble, vivre un peu retirés, dans la simplicité, ça crée une bulle hors du temps. Comme pour le premier album, on se sentait juste bien, alignés, sans pression. Ce climat a clairement nourri la création, mais surtout les liens du groupe, et c’est sans doute ce qu’on garde de plus précieux de cette aventure.
Et le pire ?
S’il fallait vraiment retenir une galère, ce serait clairement le groupe électrogène… Enregistrer en pleine nature, c’est cool, c’est sûr, mais on a dû tout faire fonctionner au groupe électrogène, et forcément… ça se répercutait parfois dans les enregistrements.
Ajoute à ça les sessions de chœurs : trois voix au départ, puis quatre, puis encore une autre idée, et à chaque fois tout était à refaire. Les prises s’allongeaient, la fatigue se faisait sentir, surtout sur la fin, mais ça a aussi donné lieu à pas mal de rigolades. Sur le moment, c’était long, mais avec le recul, ça fait partie des souvenirs qu’on raconte en souriant.
Quels sont vos prochains projets ? Live, tournée, etc. ?
La suite logique pour nous, c’est le live. L’objectif est de présenter ce nouvel album sur scène, de faire découvrir la vibe Arsians au plus grand nombre et d’aller jouer au-delà de notre région. On souhaite participer à des festivals reggae, des concerts en salles et continuer à faire grandir le projet au contact du public.
Le live reste le cœur d’Arsians, c’est là que la musique prend tout son sens, et c’est clairement là-dessus qu’on se projette pour la suite.
Un dernier mot pour les lecteurs de Reggae.fr ?
Merci à Reggae.fr pour l’intérêt et le soutien. On invite les lecteurs à prendre le temps d’écouter notre nouvel album People Find The Way et à venir découvrir la vibe d’Arsians en live si l’occasion se présente, au détour d’une date ou sur la route. On continue d’écrire, de composer et de préparer la suite, avec l’envie d’aller encore plus loin.






