A l'heure où de nombreux festivals redoublent d'efforts de communication pour tenter l'exploit d'annoncer qu'ils sont Sold Out avant même la tenue de leur évènement, un festival fait l'exception et pose une question : Festivals & course aux chiffres : y a-t-il vraiment des vainqueurs ?
C'est le festival Au Foin De La Rue (qui se déroulera les 7 et 8 juillet à Saint-Denis-Les-Gastines dans le 53), qui n'accueille d'ailleurs pas de reggae cette année à l'exception de Biga* Ranx, qui a mis le doigt sur ce point intéressant et annonce que cette année, il ne dévoilera pas ses chiffres de fréquentation. Les chiffres ne sont, selon les organisateurs, qu'un moyen d'attirer une plus grosse médiatisation et d'acquérir une certaine réputation mais cette course à toujours plus de gigantisme serait en contradiction avec les valeurs et objectifs que les festivals prônent par ailleurs (lorsqu'il s'agit notamment de défendre les valeurs sociales et environnementales). Ils estiment que ces chiffres, "aussi imprécis qu'ils peuvent être, ne déterminent en rien notre réussite : ni économique, ni sociale, ni culturelle, et encore moins environnementale."
Ainsi au lieu d'annoncer ses chiffres de fréquentation, le festival cette année fera l'analyse d'un certain nombre d'usages des festivaliers. On peut penser que la problématique est intéressante et mérite d'être posée. Mais n'est-ce pas aussi un coup marketing comme un autre ? Pour vous faire une idée, on rétablit plus bas en détail le communiqué du festival.
Côté festivals reggae en tout cas, il ne fait aucun doute que la réussite d'une édition en termes de chiffres conditionne la bonne tenue de la suivante. On en profite pour vous indiquer que nos festivals partenaires comme le le Dub Camp, le ERVA, le Summer Vibration, le SunSka, le Nomade Reggae ou encore le No Logo et le No Logo BZH se remplissent bien ! Alors dépêchez-vous si vous souhaitez vivre un été fort en musique. Notre Guide Des Festivals Reggae à retrouver ici pourra vous être utile !
"Depuis ses débuts, le Festival Au Foin De La Rue défend un certain nombre de valeurs qui déterminent le cadre de ses projets.
La démarche globale de l'association s'inscrit dans la continuité des axes du développement durable (social - économie - environnement). Si cette démarche s'illustre dans nos actions et solutions opérationnelles (accès pour tous·tes, éducation populaire, éco-régie, approvisionnement en circuit court, gestion des déchets, alimentation en énergie renouvelable, matériaux issus du réemploi...), elle anime avant tout nos réflexions.
Dans le contexte actuel et les enjeux sectoriels qui sont les nôtres, les acteur·rices culturel·les sont sans cesse mis en concurrence : réglementations de plus en plus contraignantes, frais techniques, tension des calendriers et cachets artistiques représentent un coût toujours plus élevé dans nos budgets dont les équilibres sont de plus en plus précaires.
Une course galopante qui ne fait qu'encourager la démesure.
Or, nous croyons à l'existence d'un écosystème dans lequel chaque projet a sa place afin de garantir une pluralité des propositions et pratiques artistiques, selon les préceptes donnés par l'éducation populaire.
Tous les ans, nous sommes interrogés sur nos chiffres tandis que le festival n'est même pas terminé. La fréquentation détermine alors l'impact médiatique et le rayonnement dont l’événement pourra bénéficier, alimentant parfois un jeu d’ego et une course effrénée au gigantisme qui nous semble en contradiction totale avec les questions fondamentales que notre secteur doit se poser actuellement.
De plus, ces chiffres, aussi imprécis qu'ils peuvent être, ne déterminent en rien notre réussite : ni économique, ni sociale, ni culturelle, et encore moins environnementale.
Cette année, nous avons donc pris la décision de ne pas annoncer nos chiffres de fréquentation à l’issue du festival.
Au Foin De La Rue est un projet culturel de territoire, souhaitant rester accessible et ancré, faisant rayonner son identité rurale et nous sommes persuadé·es que cela ne passe pas par un chiffre décontextualisé devenu trop central dans l’image des événements ces dernières années. Nous faisons donc le choix de déplacer notre curseur de réussite vers des indicateurs qualitatifs et non plus quantitatifs.
Nous avons à cœur de mieux connaître nos festivalier·es, l’impact de nos actions, et le bilan économique de notre événement avant de partager leur résultat au regard des objectifs que nous nous fixions.
Nous nous attacherons donc à analyser un certain nombre d’usages pendant notre événement, qui pourront être étayés, contextualisés dès l’automne 2023 (étude sur les déplacements dans le cadre du projet notation Festivals en Mouvement, audit sur nos émissions de CO2 depuis 2016, analyse et évolution de nos déchets générés, fréquentation et profil du public, équilibre économique, satisfaction de toutes les parties prenantes…)
Car ce sont bien l’ensemble de ces éléments qui doivent être garants de notre succès ! "