Le dancehall perd l'un de ses pionniers. Lieutenant Stitchie est décédé ce lundi 28 septembre à l'hôpital, à Kingston, à la veille de ses 61 ans. Dimanche, son épouse Sophia Laing annonçait qu'il avait été hospitalisé pour une numération sanguine trop basse et lançait un appel de dons de sang. Cleveland « Cleve » Laing de son vrai nom ne s'était jamais vraiment remis de l'hémorragie cérébrale qui l'avait plongé dans le coma début septembre 2024 (information que nous avions à l'époque relayée ici). Il poursuivait depuis sa rééducation dans un centre privé.
Toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches. RIP Lieutenant.
Lieutenant Stitchie avait démarré dans les années 1980 dans les sound systems de Spanish Town. C'est là que ce celui que l'on appelait encore à l'époque Ranking Noseworthy gagne ses galons, jusqu'au grade de Lieutenant. Grand vainqueur de clashs, il a même droit au surnom de Dancehall Governor. Admirateur et disciple de Brigadier Jerry et Ranking Joe, il parvient au fil des années à créer son propre fast style, marqué par beaucoup d'humour et de doubles sens.
Il signe son premier hit chez King Jammy's avec Wear Yu Size en 1986. Viennent ensuite Natty Dread, dont l'humour sera mal compris par une partie des rastas, puis la signature chez Atlantic Records (une première pour un artiste dancehall selon ses dires). Il revendiquait également d'avoir importé le dancehall en Allemagne et à travers l'Europe dès 1989. Parmi les faits marquants de sa vie et de sa carrière, figure un grave accident de voiture dont il est victime le 7 août 1997 sur la route du Reggae Sumfest en Jamaïque. Il assure malgré tout son concert, puis décide de tout arrêter.
Baptisé en décembre 1997, il reprend ses études et ne revient qu'en 2000 avec Real Power, un album de reggae gospel. Professeur d'éducation physique et de biologie de formation, titulaire d'un doctorat depuis 2012 et auteur d'une autobiographie, The Power of Determination, il n'a pourtant jamais lâché le dancehall : pour lui, le genre pouvait porter un message positif, loin de la violence et du sexe.
En 2019, il revenait au dancehall hardcore avec l'album Masterclass, paru sur le label français X-Ray Productions. La plupart des riddims sont signés Manudigital, avec des invités comme Lukie D, Agent Sasco ou Fantan Mojah. Nous l'avions rencontré à cette occasion pour une longue interview, à relire aujourd'hui. Notez que Lieutenant Stitchie avait également régulièrement collaboré avec le crew français Heartical Sound & Label ces dernières années. Il représentait enfin une source d'inspiration pour une grande partie des pionniers du mouvement reggae dancehall en France.
Pour se souvenir de l'énergie intacte du Governor, revoyez ce freestyle sur le General Penitentiary de Black Uhuru revisité par Manudigital.