Benjamin Zephaniah : Naked
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Benjamin Zephaniah : Naked

"For me, this poem ‘Naked’ is the most personal and honest poem I’ve ever written. I actually think it’s a love poem and this is about the love for myself and the love of truth and reason – all my life that's been me."
Nouvel album du poète Benjamin Zephaniah, "Naked", qui sortira en France le 14/02/2005 est très surprenant. Certains se demanderont pourquoi inclure cet opus dans les pages de Reggae.fr tant les ambiances instrumentales sont éloignées du reggae. La surprise est de taille lorsque l'on s'attend à un album dans la lignée de ceux réalisés avec les Wailers (Dub Ranting) ou la Hazardous Dub Company (Back to Roots). Cette production musicale est très différente et rappelle un peu les expériences électro de Sly & &Robbie. Enregistré à Londres par le producteur Trevor Morais et mixé à Malaga (Espagne) par Ruadhri Cushnan, cet album peut déplaire, transcender ou déstabiliser mais ce qui est sûr c'est qu'il ne laisse pas indifférent. Ce qu'on apprécie et ce qui est mis en valeur ici est bien sur le texte et la voix de Benjamin Zephaniah. A mi-chemin entre dub poetry, slam, rap et prêche révolutionnaire, la qualité des textes est incontestable et on reconnaît la plume de Zephaniah qui, depuis son enfance, n'a jamais cessé d'écrire. Aujourd'hui âgé de 46 ans, le poète est en pleine maturité maîtrisant parfaitement les mots pour mener à bien son combat contre le système. Le premier morceau Uptown Downtown annonce le ton et Zephaniah en profite pour justifier ses choix musicaux : "Is it hip hop, is it reggae, who really cares, as long as it love, as long as it clear". Les sonorités sont définitivement électro voir techno-ambiant introduisant selon les tracks des sons plus acoustiques comme sur Touch. L'humour de Benjamin Zephaniah est toujours aussi tranchant et le morceau Superstar en est la preuve avec les lyrics : "Life is hard for superstar…I can't stand Champagne…". On se fait très vite à cette ambiance musicale qui crée des atmosphères en rapport avec les thèmes des poèmes. Rong Radio Station traite le thème du pouvoir des médias et sa participation au développement des inégalités raciales. Le beat jungle se veut volontairement industriel et participe à l'impact du message. La déclamation y est très proche du slam tout comme sur le morceau-titre Naked, gorgé de spiritualité, de méditation et d'engagement idéologique, à l'image de son auteur.
Dennis Bovell a posé les lignes de basse sur Rong Radio Station et Genetics (track qui frôle la goa mêlée à des tablas indiennes). Alvin Lee (surprenant!) pose un solo de guitare sur Slow Motion, un morceau qui commence dans un style électro-ambiante et qui finit en transe aussi bien musicale que verbale. Avec Responsible, l'instru est clairement hip hop (autour de 90bpm) et le message est d'une clarté évidente, scandé par des chœurs très réussis : "Brother you got to be responsible" Le cd est accompagné d'un livret qui pourrait très bien sortir en recueil de poèmes, se suffisant à lui-même. Les photos sont très artistiques et prolongent la démarche de Zephaniah, la plupart des clichés représentant des pochoirs contestataires et satiriques sur les murs de Londres. Vous l'aurez compris, Benjamin Zephaniah se lit avant tout, malheureusement il n'existe pas de traduction française de ses écrits, elle serait de toute façon impossible, se vidant de son tranchant jamaïcain. "Naked" n'est ni un album de reggae, ni une expérience techno. "Naked" est un recueil de poèmes musicaux empruntant à diverses esthétiques modernes. Un album réussi, conceptuel et militant qui s'achève sur les lyrics éclairés de Things we say : "…listen to the words very carefully cause you just don't know which words you should trust."
Par Max
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