Sly Dunbar - interview d'une légende
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Sly Dunbar - interview d'une légende

Sly Dunbar, batteur légendaire, moitié du duo qu'il composait avec Robbie Shakespeare (duo connu sous le nom Sly & Robbie, aussi surnommé The Riddim Twins), s'en est allé. 

Sly Dunbar était un artiste discret, sa parole était rare.  Nous republions ici un de nos entretiens avec l'artiste, réalisé pendant le mois du reggae en Jamaïque il y a quelques années :

Reggae.fr : Février est le mois du reggae en Jamaïque. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Sly Dunbar : Le mois du reggae c’est tous les mois pour moi. Mais beaucoup d’évènements sont organisés en Jamaïque et cela rend vraiment hommage à notre musique. C’est très bien pour notre musique et pour tous les musiciens jamaïcains.

Vous êtes à l’origine de plusieurs phases d’évolution de la musique jamaïcaine. Comment vous est venue l’idée du Rockers Style ?
Le rythme Rockers était juste une évolution naturelle de la musique. Nous sommes toujours en train d’évoluer et la musique aussi. On est toujours en train d’essayer de nouvelles choses pour aller de l’avant.

"Le ressenti et le groove du reggae sont incomparables car l’association basse et batterie est magique."


En 2012, on vous a vus sur scène avec Ernest Ranglin et Tyrone Downie. Qu’est-ce que cela représentait pour vous ?
Ernest est une icône de la musique jamaïcaine, un des plus grands créateurs de notre île. On ne pouvait pas espérer travailler avec un meilleur guitariste que lui. Et Tyrone est un ancien Wailers, une légende. On formait donc une parfaite dream team.

Quelle est la différence selon vous entre les artistes comme Chezidek, Bitty McLean ou Tarrus Riley et les artistes roots des années 70 et 80 ?
Ces artistes incarnent l’évolution de ceux qui étaient là avant eux. Ils écoutaient les artistes foundations et continuent sur la même voie.

Est-il plus facile d’être producteur aujourd’hui qu’il y a 20 ou 30 ans ?
Ça semble plus facile effectivement puisque tout le monde se proclame producteur aujourd’hui... Mais plus sérieusement, je pense que la technologie dont nous disposons aujourd’hui rend les choses plus faciles. On peut faire des trucs qui étaient impossibles avant.



Qu’a représenté votre travail avec Black Uhuru dans votre carrière ?

Ce fut une période très productive pour nous et nous avons produit de la très bonne musique et surtout, de la musique innovante.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le hit « Murder She Wrote » de Chaka Demus & Pliers ?
J’ai toujours eu l’habitude de créer quelques riddims sur ma boîte à rythmes au matin de Noël. Mais une année, j’y ai passé quasiment toute la journée et créé plus de 100 nouveaux rythmes. Le riddim de « Murder She Wrote » fait partie de cette fournée. A la base, ça devait rester un instrumental que j’avais appelé « Santa Barbara », mais finalement, on l’a utilisé pour Chaka Demus & Pliers.


"Grâce à Serge Gainsbourg, j’ai compris qu’on pouvait jouer du reggae derrière n’importe quel chanteur."

Vous avez travaillé avec les plus grands chanteurs de l’histoire du reggae. Quels sont vos meilleurs souvenirs ?
Toutes mes collaborations sont des bons souvenirs, mais je me souviens particulièrement de la session d’enregistrement de « Revolution » avec Dennis Brown. Nous avons gardé la première prise, très brute, car Dennis n’a jamais réussi à faire passer les mêmes émotions lors des prises suivantes.



Quand et comment avez-vous réellement commencé à travailler avec Robbie ?
Nous avons commencé à bosser ensemble  aux alentours de 1975. On s’est connus à l’époque où je jouais dans un club qui s’appelait Tit For Tat. Robbie jouait dans un club juste à côté, le Evil People Club. Quand j’avais des pauses, j’allais toujours le voir jouer et quand il avait des pauses, c’est lui qui venait me voir jouer. En plus, on avait l’habitude de se croiser chez Randy’s, un studio et une boutique de disques dans le centre de Kingston. Un jour, Robbie a parlé de moi au producteur Bunny ‘Striker’Lee. Il lui a dit que ce serait bien de m’appeler quand il avait besoin d’un bon batteur pour une session. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés pour la première fois ensemble en studio.

Dans quelles circonstances avez-vous créé votre label Taxi Records ?
Quand on travaillait avec différents producteurs, on pensait toujours qu’on pouvait faire les choses de manière différente.  Donc on a monté ce label pour produire et créer notre musique comme on l’entendait.

"Toutes mes collaborations sont des bons souvenirs, mais je me souviens particulièrement de la session d’enregistrement de « Revolution » avec Dennis Brown."

Quelle est la création qui vous rend le plus fier ?
Je ne peux pas vraiment en choisir une parmi les autres car elles sont toutes très spéciales, mais j’ai quand même une affection particulière pour l’album « Sly, Wicked an Slick ».

Quel est le secret de votre longévité et de votre si grande productivité ?
Les gens autour de nous, les excellents musiciens et artistes avec qui on travaille et surtout les fans. A chaque fois qu’un fan me dit à quel point il a aimé ce qu’on a fait, je suis toujours plus motivé.



Quelles sont les différences entre le travail sur un album dub et sur un album classique ?
Sur un album dub, on est plus libres, on fait vraiment ce qu’on veut. Tout ce qui nous passe par l’esprit peut être réalisé. Par contre, il faut vraiment savoir dans quelle direction tu veux aller, sinon tu te perds facilement.

Vous avez collaboré avec beaucoup d’artistes non reggae très prestigieux comme les Rolling Stones, Gilbero Gil et beaucoup d’autres. Est-ce important pour vous d’agir dans la diversité ? Utilisez-vous dans un style ce que vous apprenez avec un autre ?
Bien sûr. Les idées ne viennent pas comme ça sans rien faire. La diversité ouvre l’esprit à de nouvelles idées.



Que vous a apportée votre expérience avec Serge Gainsbourg ?
La rencontre avec Gainsbourg fut spéciale pour plusieurs raisons. Ce mec était un vrai artiste. Grâce à lui, j’ai compris qu’on pouvait jouer du reggae derrière n’importe quel chanteur, quoiqu’il chante et quelle que soit sa langue.

Justement, parmi tous les projets sur lesquels vous travaillez, vous avez collaboré avec l'artiste français Khalifa, mais pas seulement !
Khalifa est un bon artiste. J’ai coproduit un de ses albums et je joue aussi dessus. J'ai aussi eu l'occasion de jouer sur l'album d'un autre artiste français, Naâman.

Le reggae reste en effet votre style de prédilection. Selon vous, quelle est sa spécificité par rapport à d’autres musiques ?
Le ressenti et le groove du reggae sont incomparables car l’association basse et batterie est magique.

Par LN avec S. Clayton - Photo Wonder Knack 2006
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