Officiel : Tonton David est décédé
Reggae français 54

Officiel : Tonton David est décédé

16 Février 2021

C'est officiel, selon nos informations, Tonton David est décédé aujourd'hui 16 février 2021, à 12h56, des suites d'un AVC survenu à la descente d'un train.

Toutes nos condoléances et nos pensées vont à sa famille et ses proches.

Tonton David était l'un des tous premiers chanteurs de reggae français à avoir réussi à atteindre les sommets du TOP 50 tout en conservant l'intégrité d'un style de musique conscient et engagé. Il est resté dans l'histoire de la chanson française avec ses hits Le blues des racailles, Peuple du monde, My Number One, Sûr et certain ou encore Chacun sa route. Nous lui rendons hommage ci-dessous.

Biographie par Alexandre Grondeau (extrait du livre Reggae Ambassadors 100% Reggae français) :

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Tonton David est un pur produit de l’école parisienne des sound systems. Il a connu les grandes heures de la péniche Rubis avec le sound system High Fight International, mais il a pris le micro pour la toute première fois lors d’une soirée organisée au studio Lasson par les Saï Saï. Déçu par sa prestation, il décide alors de tenter sa chance lors d’un show des Massilia Sound System, cette fois à Saint-Etienne. Son apparition est alors une réussite et il décide définitivement d’embrasser une carrière dans le reggae, un style qu’il avait découvert quelques années plus tôt en région parisienne.

"C’est Puppa Leslie qui m’a fait connaître le reggae. Leslie était dans un foyer pour jeunes à Créteil. Moi, j’étais de Champigny et j’avais une petite copine dans son centre. Leslie y organisait chaque année un sound system en décembre. J’y allais et puis il m’a emmené ensuite en soirées dans les sounds rue d’Alembert. Quand je suis arrivé dans le milieu, il y avait déjà du monde dans l’undergound. C’était la fin des années 1980, mais pour moi, tout était nouveau et j’ai vraiment apprécié le délire. Avoir sa propre sono, s’organiser entre nous sans demander de l’aide à personne, avoir un camion, gérer la caisse, faire la promo en indé… J’ai intégré rapidement le High Fight de Polino avec Nuttea et Féfé Typical comme deejays principaux. Il y avait aussi Don Lickshot. A l’époque, on répétait dans un petit squat au 226, rue de Vaugirard. On y passait des heures, c’était nos tout débuts. On était vraiment complémentaires mais on était là chacun pour des motivations différentes. Et puis tout est allé très vite et cette période a changé ma vie."

En 1990, Benny Malapa produit en effet la mixtape Rapattitude qui va poser les bases de la musique urbaine à la française (rap bien sûr mais également raggamuffin). On y retrouve NTM, Assassin, Dee Nasty, mais également les artistes issus de la culture reggae : Saï Saï (avec le titre Rouleurs à l’heure), Daddy Yod (Rock en zonzon), et bien sûr Tonton David qui y pose Peuples du monde. Le morceau, dont le riddim est composé par Supa John (et programmé par Christian Moore), devient très rapidement un hit et son clip, réalisé par Mathieu Kassovitz, rencontre un énorme succès (au point d’être parodié plus tard par les Inconnus).



"Ce morceau est une drôle d’histoire pour moi. J’avais fait un premier titre pour le Earthquake Sound System qui était resté très confidentiel et puis j’ai enchaîné directement avec ce titre. J’y ai mis toutes mes idées, tout ce que j’avais envie de dire. J’avais même un autre couplet mais l’ingé son m’a dit qu’il fallait qu’on arrête. Le texte du refrain de Peuples du Monde est issu d’un discours d’un leader jamaïcain, Marcus Garvey. Les premiers à voir repris ce discours, c’était Steel Pulse sur True Democracy. Nous, on est arrivés avec cette chanson-là comme des extraterrestres, avec un peu de naïveté dans ma voix, un clip coloré avec Mathieu Kassovitz à la réalisation. C’était vraiment une belle expérience."

Cette expérience réussie débouche sur la réalisation du premier album de Tonton David, Le Blues des racailles, qui sort en 1991. Il fait découvrir au grand public français les sonorités du raggamuffin, ancêtre du ragga et du dancehall français, et propage des messages sociétaux forts, de ceux qu’on entend encore peu dans les grands médias. Les titres CV, Le Blues des racailles, Pretoria, A qui la faute, Cash deviennent les hymnes des enfants des cités et trouvent un écho forcément politique dans une société qui sort de la folie outrancière des années 1980. Tonton David assume ses engagements avec vigueur.



"J’ai toujours été très politisé. Dans le reggae, il y a toujours eu une démarche contestataire, une envie de faire les choses différemment. J’ai choisi le reggae car cela me correspondait bien : je suis né à la Réunion, j’ai grandi en région parisienne. Ma contestation vient de ma propre expérience, de ce que je voyais se passer autour de moi."

Son album suivant, Allez leur dire, sort en 1992. Il comprend les hits Ma Number One et Sûr et certain. L’opus, produit aux États-Unis, est un nouveau succès populaire, même si l’artiste doit subir certaines critiques concernant sa réussite.



"A l’époque, j’avais sorti le titre Sûr et certain, dans lequel je posais la question : Est-ce qu’on nous prend pour des cons ? Et certains commentateurs avaient considéré le son comme un peu trop commercial. Les mecs disaient « Tonton David, il a changé, c’est devenu commercial. » On était en 1993. Regarde quelques années plus tard. Est-ce qu’il y a encore beaucoup de gens qui se posent la question si on nous prend pour des cons ou non ? Pourtant, il y a des gens au gouvernement qui sont payés depuis plus de trente ans pour nous expliquer que ça va. On a cinq ou six chaînes d’informations qui nous disent exactement la même chose…"



Les propos sont visionnaires et Tonton David devient un des artistes préférés des Français. L’année suivante, il participe à la BO du film Un Indien dans la ville (qui obtiendra une Victoire de la musique), avec le titre Chacun sa route. Énorme carton musical qui sera suivi de son troisième album Récidiviste, où l’on note un duo avec une autre star de l’époque, Cheb Mami. Les concerts s’enchaînent depuis Peuples du monde : Fête des Kafs à Saint-Denis de la Réunion, Printemps de Bourges, Reggae Sunsplash en Jamaïque… Il se paie même le luxe de prendre un jeune comique en première partie de certains de ses shows : Jamel Debbouze.



Après avoir produit et participé à la compilation Sans limite (1998) sur laquelle il enregistre un duo avec Princess Erika et un autre avec les Neg’Marrons, l’artiste publie l’opus Viens (1999) grâce auquel il réalise une nouvelle tournée. L’album ne rencontre pas le même succès que ses prédécesseurs malgré de bons titres comme le duo interprété avec N’Bee ou celui avec Ben-J (des Neg’ Marrons). Son label Virgin décide alors de publier un Best Of en 2002. L’industrie du disque est en plein bouleversement, l’idée de la compilation ne plaît pas trop à l’artiste même s’il accepte d’y poser un titre original, et David préfère quitter la banlieue parisienne pour s’installer au calme à la campagne.



"J’ai eu beaucoup de chance d’arriver à une époque où on pouvait garder de la fraîcheur. Mon expérience dans la musique est tellement belle : j’ai voyagé partout, j’ai rencontré des gens passionnants, j’ai fait des collaborations prestigieuses. Mais quand je regarde ce qui se passe maintenant… On fait croire à nos jeunes que tous peuvent réussir. On fait du jetable, on fait du McDonald’s. Avant, quand tu faisais de la musique, tu faisais un album, tu allais en studio, tu restais avec les musiciens longtemps. Aujourd’hui, c’est fini. Il y a des beatmakers qui te disent qu’ils ont la recette (ironique). Ils savent tous comment cartonner. Avant, dans une maison de disques, tu rencontrais un mec qui avait cinquante ans et des histoires de fou à raconter sur plein de monde. Aujourd’hui, tu as un mec de trente ans en face de toi qui sait tout sur tout, qui t’explique comment il va changer ta vie. C’est énorme… "



En 2005, l’album Babelou sort avec le titre La Gagne, interprété avec les rappeurs d’Intouchable et produit par le label Wati-B. Le featuring reçoit un bel écho et Tonton David tourne depuis un peu partout en France (parfois en live, parfois en mode sound system) tout en préparant son grand retour discographique pour la fin 2021. Il y travaillait d’arrache-pied depuis son home studio situé dans l’Est de
la France et en collaboration avec le Dig Studio, ces dernières années.

RIP Tonton David. Ton nom restera à jamais graver dans l’histoire de la musique en France."

Par Reggae.fr / Photo Andréa Dautelle
Commentaires (3)
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Par Buddah Kong le 17/02/2021 à 11:39
On t'aime Tonton!!! J'ai eu la chance de te rencontrer plusieurs fois et c'était du bonheur à l'état pur. L'été dernier, à Lacanau, ton concert sur la corniche était magique et tout le monde était heureux d'entendre tes chansons en ces temps troublés. Quelle tristesse de te voir quitter la scène, tu seras pour toujours dans nos coeurs. Reggae Originator, on t'aime. Passe le message à ton voisin. Buddah Kong
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Par Okarina le 18/03/2021 à 19:39
Il y a tellement de chanteurs "reggae" dans mon coeur mais tu étais, tu es, tu resteras avec Pierpoljak, ton frère, mon number one... Amuse-toi avec le soleil, joue avec les alyzés et prends plaisir à regarder tes enfants grandir ! Tu peux compter sur nous, on les aidera toujours du mieux possible, on ne les laissera jamais tombé ! Et maintenant que les langues de vipère se taisent, s'acharner sur cette famille, çà a assez duré ! Personne ne nous a mis un pistolet sur la tempe pour participer à la cagnotte ! Je vais redire ici, ce que j'ai dit ailleurs : si les enfants de Tonton David ont besoin d'argent pour VIVRE, cette cagnotte est aussi faite pour celà ! Il y a le CD, ok mais le reste, c'est pour eux ! NON MAIS... stop aux polémiques ! Repose en paix, TONTON DAVID, on s'occupe de tout... ???? ON T'AIME !
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Par Philousophe le 13/04/2021 à 10:04
Jah bless U tonton. Merci pour ton investissement et ta bienveillance tout au long du chemin. Souvenirs & approbation, on nous prend bien pour des c...! RIP
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