Congo Ashanti : l'histoire cachée derrière cet album des Congos
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Congo Ashanti : l'histoire cachée derrière cet album des Congos

7 Juillet 2026

En avril dernier, à l'occasion du Disquaire Day, nous annoncions dans ces colonnes la réédition d'un album vinyle rare par VP Records Congo Ashanti des Congos. Un disque emblématique de l’âge d’or du reggae roots, mené par les harmonies mystiques du trio jamaïcain et disponible ici : https://www.discogs.com/release/37114140-Congo-Congo-Ashanti

Mais ce que nous avons découvert par la suite, à la lecture de son précieux livret signé David Katz (écrivain, journaliste et auteur entre autres de People Funny Boy et Solid Foundation), c'est l'histoire française cachée derrière cet album méconnu des Congos. Nous proposons de vous la relater ici avec l'assentiment de Katz lui-même et la complicité de Carter Van Pelt, coordinateur du projet de réédition.



Tout commence par un projet qui n'a rien à voir avec les Congos. Au printemps 1978, alors que Lee Scratch Perry peaufine ce qui deviendra le classique Heart of the Congos au Black Ark Studio, débarque à Kingston une équipe franco-africaine venue enregistrer un album rock. Fait notamment partie de cette expédition Bernadette Duget, jeune productrice du label CBS France. Le livret raconte son parcours et son background, marqués notamment par le fait d'avoir grandi en partie à Dakar où elle a fréquenté le cinéaste Djibril Diop Mambéty et son frère, le futur chanteur Wasis Diop.

Le groupe, provisoirement baptisé Autocar et dont les membres se sont rencontrés à Paris, comprend le chanteur-guitariste Lucien "Zabu" Zabuski (passé par Magma), le saxophoniste Laurent Grangier (ex-Urban Sax de Gilbert Artman), Wasis Diop, et d'autres artistes recrutés via le bassiste congolais Tony M'Batchi Lelo : le batteur Seskain "Seke" Molenga (African Fiesta, Empire Bakuba) et le saxophoniste Kawongolo "Buffalo" Kimwanga, sans oublier Philippe Quilichini, jeune Corse monté à Paris, dont le rêve était justement de se frotter au niveau jamaïcain sur cet instrument qu'il décrit comme sacré sur l'île. Quilichini entretient à l'époque une liaison avec Duget, racontée dans le livret par le photographe Antoine Giacomoni, son ami d'enfance corse. C'est d'ailleurs les deux complices Quilichini et Giacomoni qui débarquent les premiers sur l'île pour réaliser un rêve de toujours et satisfaire leur amour commun porté à la Jamaïque.



Mais les sessions parisiennes du groupe ne survivent pas au choc jamaïcain. Seke Molenga raconte que le groupe répétait du rock à Paris, mais qu'« en arrivant à Kingston, la situation a changé ». Les difficultés vocales de Zabu, incapable d'ajuster sa voix à la musique malgré les conseils improbables de Jimmy Cliffprends du rhum au citron pour que la voix s'améliore »), précipitent la rupture avec Duget qui n'hésite pas à asséner : « J'ai dépensé tout mon argent, mais vous ne pouvez pas chanter correctement ! »

Le projet Autocar éclate alors en plusieurs directions : Molenga et Kawongolo restent au Black Ark pour un album avec Perry destiné à Island ; Zabu, Grangier et Quilichini partent à Dynamic Sounds enregistrer le maxi Ghetto Child, crédité à Immigration Act. Et les Congos, eux, profitent de la présence de cette équipe française sur place pour enregistrer Congo Ashanti à Harry J et Aquarius — avec Philippe Quilichini à la basse !

Congo Ashanti Roy résume ainsi la genèse du projet : « On n'a pas eu justice sur le premier album (ndlr : Island Records ayant refusé de le distribuer, laissant Perry le sortir confidentiellement sur son propre label Black Ark), donc on a décidé de faire quelque chose avec des gens venus en Jamaïque pour CBS France. [...] Ils m'ont demandé où on pouvait trouver des batteries, alors j'ai emmené la dame en chercher, et elle m'a demandé : "Ça vous dirait de faire quelque chose avec nous ?" »

Loin de simplement copier ses modèles jamaïcains, Philippe Quilichini développe sur l'album une approche de jeu non conventionnelle qui participe pleinement à l'identité sonore du disque, selon Katz — un détail qui mérite d'être souligné tant la basse occupe une place quasi sacrée dans la culture studio jamaïcaine de l'époque, où un musicien blanc n'avait selon les mots de Giacomoni rapportés dans le livret, par convention, pas vocation à s'y essayer.



Le lien entre cet album et la France ne s'arrête pas à la musique. Les photographies d'Antoine Giacomoni habillent la pochette de Congo Ashanti, lui donnant cette qualité immersive, presque documentaire, qui marque l'objet. Et le mix final, signé Geoffrey Chung à Dynamic Sounds en février 1979, porte également la mention de Bernadette Duget en tant que co-mixeuse — dernière trace, dans les crédits, de cette parenthèse française qui aura indirectement accouché de l'un des albums les plus sous-estimés du catalogue des Congos.

Peu après, Congo Ashanti Roy entame une carrière solo et Quilichini et Duget quittent définitivement la Jamaïque, refermant ce chapitre aussi bref qu'improbable de la discographie du groupe — où un projet français avorté aura, par un curieux jeu de ricochets, fini par enrichir l'histoire des Congos.

Source : livret de la réédition de Congo Ashanti, par David Katz (rédaction septembre 2025)

Un vinyle à se procurer absolument ici : https://www.discogs.com/release/37114140-Congo-Congo-Ashanti

Et maintenant, place au son !!!

Tracklist : 
Face A
A1 — Days Chasing Days (4:43)
A2 — Jackpot (5:10)
A3 — Hail The World Of Jah (4:24)
A4 — Education Of Brainwashing (3:20)
Face B
B1 — Youth Man (4:30)
B2 — Yoyo (4:43)
B3 — Nana (4:39)
B4 — Thief Is In The Vineyard (3:18)




Par Reggae.fr
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