Bob Marley : Un héritage musical immense
dossier Lifestyle 14

Bob Marley : Un héritage musical immense

À l'occasion de la sortie du biopic Bob Marley One Love (en salle le 14 février prochain) et afin de commencer à célébrer comme il se doit le 79ème anniversaire de la naissance du Roi du reggae (né le 6 février 1945), nous vous proposons chaque semaine de découvrir ou de redécouvrir quelques bonnes feuilles extraites du livre Bob Marley un héros universel de l'auteur et universitaire Alexandre Grondeau (également fondateur de Reggae.fr), paru aux Éditions La lune sur le toit en 2020 et tout juste réédité (à se procurer sur lalunesurletoit.com et dans toutes les librairies).

Aujourd'hui, nous partageons un extrait du chapitre 3 "Un héritage musical immense":

"De Mick Jagger à The Clash, en passant par Jean-Michel Basquiat, Ben Harper ou Lenny Kravitz, les plus grandes stars mondiales ont indéniablement été fascinées par l’éner- gie scénique et mystique de l’auteur de Get Up Stand Up (1973).

Certains ont même repris des titres de Bob, à l’instar d’Eric Clapton dont l’interprétation d’I Shot The Sheriff a été classée numéro un au Billboard américain. L’im- mense popularité du titre, présent sur l’album 461 Ocean Boulevard, a largement contribué à faire connaître Bob Marley aux États-Unis et relancé par la même occasion la carrière du guitariste américain. Pour l’anecdote, le succès du titre de Clapton permit à ce dernier de passer à la radio jamaïcaine bien avant que le titre original de Bob (sorti en 1973 sur l’album Burnin’) ne rencontre également le succès.
La fascination du milieu rock vis-à-vis du Tuff Gong n’est pas nouvelle. Elle est partagée par beaucoup. Le manager des Rolling Stones explique avoir voulu signer Bob et les Wailers juste après les avoir vus une première fois, un moment qu’il qualifie lui-même de légendaire. Mick Jagger, de son côté, tombe totalement sous le charme, au point de retarder le début d’un de ses concerts à Los Angeles, pour assister à la fin de celui de Marley se déroulant à deux heures de route de là.
Une autre des originalités de la carrière de Bob est son succès né dans les caniveaux, la poussière et la tôle qui composent l’habitat des damnés de la terre à Kingston. Le petit peuple jamaïcain a accompagné et accéléré le début de sa carrière depuis les premiers riffs de guitare de Simmer Down (1964). Et puis la classe moyenne blanche occidentale est ensuite tombée folle amoureuse du leader des Wailers, entraînant dans son sillage le reste de l’humanité. Pour ce faire, il a fallu aller à sa rencontre, la convaincre lors de tournées harassantes et souvent mal payées qui ont démobilisé et lassé Bunny Wailer puis Peter Tosh.
C’est ainsi que Bob Marley a réalisé les premières parties de Bruce Springsteen et de Sly & The Family Stone, ou joué aux côtés de Marvin Gaye et Stevie Wonder. Patiemment, il a trouvé son public en côtoyant sur scène les plus grands noms de la musique américaine, jusqu’à leur faire de l’ombre. La mésaventure est arrivée aux Commodores de Lionel Richie, qu’un promoteur a mis sur la même affiche que Bob en 1980 au Madison Square Garden. Deux soirs de concerts où Marley et ses musiciens étaient censés assurer la première partie du groupe américain. L’ouragan conscient et mystique des Wailers n’a laissé aucune chance à la soul sirupeuse du crew originaire de l’Alabama. À l’issue des deux shows de Bob, la salle s’est vidée aux deux tiers, tant le statut et l’aura du chanteur jamaïcain étaient importants, laissant les musiciens américains compter les chaises vides.
Le phénomène Marley était bien lancé et, quarante ans après la mort de l’artiste, il est toujours aussi électrique. Il n’y a pas une génération émergente d’artistes qui ne rende un hommage appuyé à l’auteur de Midnight Ravers (1973) ou à l’un de ses morceaux.
Le hit du chanteur jamaïcain, Redemption Song (1980), a été repris des centaines de fois, par les plus grands artistes de la planète à l’instar de Stevie Wonder, de Johnny Cash et Joe Strummer, d’Alicia Keys, de Beyonce ou encore d’Angélique Kidjo. Le titre révolutionnaire Get Up Stand
Up a été interprété en 1986 par Peter Gabriel, Tracy Chapman, Youssou N’Dour et Bruce Springsteen lors de leurs tournées en faveur d’Amnesty International.?En 1996, les Fugees se sont attaqués à No Woman No Cry dans leur album The Score, devenu un classique du mouvement hip-hop. Le trio originaire du New Jersey a donné une version acoustique du plus grand tube de Bob qui trouve toute sa place entre Killing Me Softly de Roberta Flack et Ready or Not, Here I Come des Delfonics. Wyclef Jean, Lauryn Hill et Pras Michel sont des grands admirateurs du Tuff Gong depuis leur plus tendre enfance, ce que confirmera la diva soul lors de la sortie du mythique The Miseducation of Lauryn Hill. Deux ans après avoir enregistré une partie de son premier album à Kingston au studio Tuff Gong, la chanteuse et leader des Fugees interprètera un sublime duo virtuel avec Bob, en reprenant Turn Your Lights Down Low. Le lien qu’elle entretient avec la famille Marley ne s’arrête pas là, puisque elle a épousé Rohan, l’un des fils du leader des Wailers, avec qui elle a eu cinq enfants.
Bob Marley appartient au patrimoine musical de l’humanité. Sa discographie a participé à l’éducation d’artistes urbains de l’ancienne école comme Snoop Dogg autant que de ceux issus de la nouvelle génération comme Rihanna. Le rappeur originaire de Long Beach a insisté de nombreuses fois sur l’influence déterminante du Tuff Gong dans sa carrière. En 2013, à l’occasion de la sortie de son album Reincarnated, il a même affirmé devant un parterre de journalistes jamaïcains médusés être la réincarnation de Robert Nesta Marley. Snoop est toujours là où on ne l’attend pas.
De son côté, et depuis ses débuts, Rihanna n’a jamais cessé de clamer sa passion pour Robert Nesta. Elle expliquait encore en juin 2018 dans Vogue vouloir écrire un album entier s’inspirant de son œuvre. À n’en pas douter, la chanteuse originaire de la Barbade arrivera à moderniser les versions instrumentales de Bob, comme l’a parfaitement réussi l’artiste britannique Stylo G avec Call Mi a Leader, sa version ultra boostée et efficace de Could You Be Loved. Il en va ainsi des œuvres universelles. Chaque génération se les approprie pour les inscrire dans une certaine forme de modernité et d’actualité."


Photo : Copyright (c) 56 Hope Road Music - Adrian Boot est l’auteur de toutes les photos contenues dans cet ouvrage. Elles sont utilisées sous licence, laquelle nous a été attribuée par son agence www. urbanimage.tv. 

Par Reggae.fr / Photo Adrian Boot
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