Plus de quinze ans se sont déjà écoulés depuis The 7 Years Itch, le premier album de Protoje avec lequel il avait marqué toute la planète reggae. Devenu l’un des piliers de la nouvelle scène roots internationale - parfois nommée Reggae Revival - il a depuis enchaîné les sorties et les hits, décrochant même trois nominations aux Grammys Awards. Le revoici ce printemps dans les bacs avec un album plus qu'abouti, une oeuvre autant musicale que visuelle (grâce au travail du réalisateur Samo), intitulée The Art of Acceptance.
On le comprend dès le titre, ce nouvel opus contient une forte dimension spirituelle, que le producteur et complice de longue date de Protoje - Winta James - a largement collaboré à mettre en valeur.
C’est Something I Said qui ouvre l'album, un riddim tranquille où l’on retrouve avec plaisir la voix unique et nonchalante de Protoje, un morceau qui donne le ton, et offre à entendre aussi le flow de Jesse Royal et qui mêle habilement reggae roots et sonorités contemporaines. Un mélange des styles que l’on ressent encore plus sur Sword & Shield et son riddim très orienté hip hop sur lequel le flow du chanteur se fait plus tranchant.
On découvre ensuite Ting Loud sur lequel Protoje invite Masicka à partager un riddim dancehall aux sonorités digitales. On apprécie la surprise de la présence de Shenseaa sur Goddess, une love song aussi sweet que sensuelle, et bien sûr l'énorme énergie et voix de Pressure Busspipe sur le très cinématographique The Locusts, à propos duquel Protoje a eu l'occasion de nous expliquer en interview qu'il s'agissait là du morceau qui avait lancé le travail de tout l'album.
Stephen Marley nous cueille littéralement sur le très touchant 1000 Lashes. Et l'on ne se remet toujours pas de l'apport de Damian Marley sur le big tune At We Feet, au refrain ravageur et couplets particulièrement bien écrits, à la fois sociaux et conscients. Autre titre que les fans connaissent déjà par coeur : Big 45, sans aucun doute l'autre hit de cet album, qui a même eu droit à sa version « Colors » dispo sur youtube.
Le natif de St Ann nous enchante et se confie sur sa relation à Rastafari dans Reference et enchaîne avec des morceaux à l’ambiance tout aussi douce mais aux thèmes plus légers, comme, Feel It et son riddim frais et ensoleillé, ou encore In Your Corner dans registre plus roots, avant que Ten Times Around the Sun ne vienne conclure cet opus sur une note tranquille et jazzy en parfait générique de fin.
The Art of Acceptance est certainement le meilleur album de Protoje à ce jour, un projet porté par des textes travaillés, une maturité de pensée et des productions extrêmement soignées. Une oeuvre où lâcher-prise et liberté de ton naviguent entre reggae authentique, influences hip hop et touches de dancehall et de soul. Une nouvelle preuve s'il en fallait que reggae music plus vivante que jamais et a de très beau jour devant elle.
À écouter et réécouter sans modération.






